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 Introduction

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florence_yvonne
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MessageSujet: Introduction   Sam 23 Juin - 16:48

Evangile selon Matthieu


Les premiers mots d'un récit en donnent habituellement le ton. Là où Marc parle d' « Évangile », Matthieu écrit « Bible », c'est-à-dire « Livre » (en grec « Bibles »). Ce livre a pour sujet Jésus Christ et manifeste toutes les caractéristiques d'un évangile. Il incorpore la plupart des matériaux de Marc. Il le suit dans sa progression

Sources : Le nouveau testament, Traduction officielle pour la lithurgie avec guide de lecture
Présentation : Association des auteurs de Missels populaires
Edition : Les Editeurs du Rameau
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Deborah-
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MessageSujet: Introduction Matthieu   Sam 14 Juil - 16:09



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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Introduction   Sam 14 Juil - 20:27

dans l'article qui sert d'avant propos à l'une de mes bibles
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Pierre

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MessageSujet: La théologie de Matthieu   Ven 6 Mar - 15:07

Matthieu: sa théologie et son histoire



La vocation de Saint Matthieu, vue par l'artiste Le Caravage (1600)


Pour pouvoir bien comprendre la théologie et les éléments ayant présidé à la naissance ce texte, il est important de le situer dans son temps.

Quelques données objectives

Les chercheurs, notamment le germanophone Ulrich Luz qui a rédigé des sommes remarquables sur le sujet, s'accordent à situer sa rédaction ultime dans les années 80. Voici les arguments:

A) Matthieu utilise Marc comme source.
B) Le judaïsme représenté est uni autour des pharisiens (c'est autour d'eux que s'est structurée cette religion après la destruction du Temple en 70).
C) Des expressions comme «dans leurs synagogues» (4, 23; 9, 35; 10, 17...) figurent souvent.
D) Le texte fait allusion à des persécutions (10, 16-42).
E) On peut y lire une allusion possible à la destruction de Jérusalem (22, 7; 23, 38 ).

Des indices concordants donnent à penser que le texte, dans sa forme finale, est né en Syrie:

Matthieu a écrit:
Mt 4:24- Sa renommée gagna toute la Syrie, et on lui présenta tous les malades atteints de divers maux et tourments, des démoniaques, des lunatiques, des paralytiques, et il les guérit.
Matthieu, ou plus précisément celui – ou peut-être «ceux» - qui a eu la responsabilité de la forme finale de l'Evangile se présente comme un scribe inspiré qui relit les textes:

Citation :
Mt 13:52-Et il leur dit: "Ainsi donc tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux."

Un changement de cap

study Comme les spécialistes nous invitent à le faire, une lecture attentive montre que cet évangile est le produit d'une synthèse, ou mieux encore qu'il montre une communauté en réorientation.

L'auteur insiste sur les racines juives de Jésus et de son enseignement. Il est question souvent d'accomplissement (1, 23; 2, 15; 17, 23...) Mais en même temps Matthieu polémique avec violence contre les autorités juives et les pharisiens (Voir l'ensemble du chapitre 23.)

A la lecture de l'Evangile, on a l'impression que Jésus est un nouveau Moïse. Les deux parcours de vies, semblent passer par des stades identiques: Une vie menacée dès la naissance, une fuite à l'étranger, un enseignement en cinq grands discours (5 prédications finissant par la formule « quand Jésus eut achevé ce discours», ou «ses consignes» 7, 28; 11, 1; 13, 53; 19, 1; 26, 1), une carrière qui s'achève au sommet d'une montagne... Mais en réalité, Matthieu retourne la perspective. Ce sont des Juifs qui menacent l'enfant Jésus, le pharaon est remplacé par un roi Juif (Hérode), Jésus fuit en Egypte, ses discours se situent finalement en décalage par rapport à la loi juive, en conclusion de l'Evangile il s'agit d'aller annoncer le royaume hors de Palestine.

L'auditoire est une communauté judéo-chrétienne, héritière de «Q», et qui prolonge son enseignement:

Citation :
Mt 10:41-Qui accueille un prophète en tant que prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en tant que juste recevra une récompense de juste.
C'étaient des juifs qui avant 70 avaient reconnu Jésus. Ils ont passé dans leur histoire par un double traumatisme: l'échec de leur mission tout d'abord. Pour ce qui est du bien propre, on note des éléments légendaires (voile du temple déchiré après la mort de Jésus, esprit hors de leurs tombeaux) ou de paroles nous montrant Jésus en conflit avec la synagogue. Il y eu aussi la destruction de Jérusalem d'autre part. Ils se sont repliés vers la Syrie (Mt 4:24).

study Pour l'Evangéliste, il faut à la fois expliquer le refus d'Israël et se réclamer des traditions juives essentielles. En somme il faut se présenter comme le véritable Israël.

Citation :
Mt 13:37-En réponse il leur dit: "Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ;

Mt 13:38-le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; l'ivraie, ce sont les sujets du Mauvais ;

Mt 13:39-l'ennemi qui la sème, c'est le Diable ; la moisson, c'est la fin du monde ; et les moissonneurs, ce sont les anges.

Mt 13:40-De même donc qu'on enlève l'ivraie et qu'on la consume au feu, de même en sera-t-il à la fin du monde :

Mt 13:41-le Fils de l'homme enverra ses anges, qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d'iniquité,

Mt 13:42-et les jetteront dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents.

Mt 13:43-Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Entende, qui a des oreilles !"
Si le Jésus matthéen juge Israël, il n'est pas son bourreau. La rédaction du récit de la Passion souligne que c'est Israël lui-même, en la personne de ses chefs, qui met à mort le Messie, selon ce que l'écriture avait annoncé 26,54 + 56 et 27,9. Trois épisodes propres à Matthieu indiquent qu'un point de non-retour est désormais atteint: la déclaration du peuple (27,25), la supercherie des chefs du peuple pour nier la résurrection (28, 12-15) et enfin l'envoi des disciples vers «toutes les nations» (28,19) Dans ses paroles, Jésus ressuscité se préoccupe surtout de faire des disciples. Dans son bien propre l'auteur veut montrer comment on peut et l'on doit être disciple (7: 1-5; 15:1-20; 16: 24; 24, 1-3) L'évangéliste fait oeuvre d'éducateur chrétien.

Le paradoxe, pour Matthieu, c'est donc que par son refus, Israël a offert aux païens un Messie («Allez donc et faites de toutes les nations mes disciples...» 28.19), mais un Messie dont la destinée passe par la croix.

study Le texte final a été fortement influencés par la théologie de l'Evangile de Marc, un Pagano-Chrétien d'origine romaine. Le changement de théologie apparaît assez radical:

Citation :
Mt 10:5-Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les prescriptions suivantes : "Ne prenez pas le chemin des païens et n'entrez pas dans une ville de Samaritains;

Mt 10:6-allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël."
puis:

Citation :
Mt 28:19-Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,
L'irruption des païens apparaît déjà avant dans le récit (les mages à Bethléem, la fuite en Egypte, la Galilée des Nations (4,15), le Centurion de Capharnaüm, le centurion au pied de la croix). En ce sens, Matthieu adopte la même démarche que Paul.

Comme indices de l'élargissement du public, les références abondent; par exemple il est question de la «Galilée des nations»:

Citation :
Mt 4:12-Ayant appris que Jean avait été livré, il se retira en Galilée

Mt 4:13- et, laissant Nazara, vint s'établir à Capharnaüm, au bord de la mer, sur les confins de Zabulon et de Nephtali,

Mt 4:14- pour que s'accomplît l'oracle d'Isaïe le prophète :

Mt 4:15- Terre de Zabulon et terre de Nephtali, Route de la mer, Pays de Transjordanie, Galilée des nations !
study Les récits de l'enfance sont un résumé en filigrane, de l'évolution de la vision des choses des Matthéens (Jésus naît à Bethléem, la ville de David, puis il vit à Nazareth, dans la Galilée des païens ou des nations (en passant par l'Egypte.). On sait, par l'archéologie, que la Galilée était plus cosmopolite que la Judée, et que la Torah y était comprise de manière moins rigoureuse. Lorsque Joseph rentre en Palestine, il est dit qu'«il sera appelé nazaréen», or c'est une des désignations des Chrétiens hors de Palestine. On est en droit de se demander si le massacre des innocents de Bethléem n'évoque pas les persécutions dont est victime la communauté matthéenne... ? A la fin du livre, le Christ ressuscité envoie ses disciples en mission d'une montagne de Galilée...

Il paraît défendable de déduire que derrière l'Evangile de Matthieu il y aurait une fusion de communautés. De la source «Q» des logia, vient la vie et la constitution de la communauté. Le texte de Marc a été lu et intégré dans une communauté marquée par des traditions. On peut d'ailleurs penser que des judéo-chrétiens (ébionites) étaient au départ liés à la communauté matthéenne (des sources disent que les ébionites lisaient un Matthieu abrégé) et que par la suite, contrairement à la communauté qui nous intéresse ici, ils ont refusé de rejoindre les Pagano-Chrétiens.

Matthieu se sert de Marc (à partir du chap. 12, il en reprend l'intégralité) qui est la trame de son texte, et de Q dont il garnit son texte de citations. Il se montre beaucoup plus respectueux du travail de l'évangéliste que des traditions qui proviennent de son propre milieu et de la source Q. Cela est un indice supplémentaire de la réorientation de la communauté.

En somme Matthieu représente un judéo-christianisme intégré dans la grande Eglise, à l'image de ce que représente la lettre de Jaques, où les traditions sont liées sans faille à l'éthique chrétienne, mais où la loi parfaite de la liberté semble désigner uniquement la loi morale.

Jacques a écrit:
Jc 1:25-Celui, au contraire, qui se penche sur la Loi parfaite de liberté et s'y tient attaché, non pas en auditeur oublieux, mais pour la mettre activement en pratique, celui-là trouve son bonheur en la pratiquant.
Les exégètes ont d'ailleurs souligné combien des consignes de cette lettre, rejoignaient dans leur esprit l'évangile de Matthieu.

Une énigme

Mais il reste encore une énigme: L'Evangéliste peut se montrer «conservateur» , héritier des traditions juives, il cite souvent l'écriture. Mais Matthieu n'hésite parfois pas à triturer les textes, juxtaposant des éléments venant au départ de provenances diverses (divers endroits de Marc, Source Q). Un bon exemple de recomposition du passé est constitué des chapitres 8 et 9. L'on peut essayer de l'expliquer en émettant l'idée que, tout comme Marc, il estime que le Christ est vivant et qu'en redisposant les éléments de la tradition, il est possible de donner plus d'acuité à son message...


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Pierre

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MessageSujet: Re: Introduction   Dim 22 Mar - 16:54

A propos des récits de l'enfance


A propos des récits de l'enfance de Jésus, j'ai trouvé un article rédigé en 2001 par André Gounelle, que je trouve passionnant à l'adresse suivante.

http://protestant.be/articles/130.noel.gounelle.htm#mytmat

J'en cite ici des éléments significatifs, qui vont dans le même sens que les idées que j'essaie de défendre.

1. Le récit

Il est assez bref, 48 versets seulement. On peut y distinguer trois parties, trois épisodes ou trois scènes :

- Premièrement, l'annonce faite en songe par un ange à Joseph pour lui apprendre que l'enfant qu'attend Marie, sa fiancée, vient du Saint Esprit.

- Deuxièmement, la visite, après la naissance, des mages venus d'Orient. Le récit n'indique pas leur nombre. On a supposé qu'ils étaient trois parce que sont mentionnés trois cadeaux : l'or, l'encens et la myrrhe. C'est possible, mais aléatoire. Aucune indication, non plus, sur leurs noms; ceux de Melchior, Gaspard et Balthazar n'apparaissent qu'au sixième siècle. Les mages sont des prêtres de cultes astrologiques, et nullement des rois. Il semble que la royauté leur ait été attribuée pour la première fois par l'évêque Saint Césaire d'Arles qui vécut de 470 à 543. Plus qu'une exagération de méridional, cette transformation des mages en rois traduit probablement une gêne des responsables ecclésiastiques. L'Église s'est beaucoup battue contre les astrologues , et ne tient pas à attirer l'attention sur des personages qui peuvent servir à les valoriser; elle préfère qu'on les prenne pour des rois.

- Troisième épisode, la fuite en Égypte et le massacre des enfants racontés très sobrement, sans aucun détail, sinon qu'il s'agissait d'enfants de moins de deux ans, indication qui laisserait penser que les événements racontés s'étalent au moins sur plusieurs mois.

2. Le mythe

Trois éléments conduisent les spécialistes à parler de mythes.

1. D'abord, la présence importante d'un merveilleux conventionnel. On mentionne quatre songes en quelques lignes. Dans trois d'entre eux, des anges interviennent. Une étoile se déplace et montre le chemin. Il ne s'agit pas de nier par principe le merveilleux, mais son accumulation constitue un indice qu'on a affaire plutôt à un mythe, d'autant plus que songes et étoiles servent souvent dans la littérature mythique à signaler la présence du sacré.

2. Ensuite, l'utilisation abondante de textes de l'Ancien Testament. On a le sentiment que c'est à partir d'eux qu'on a construit tel ou tel épisode : ainsi, la fuite en Égypte vient d'un verset du prophète Osée; le massacre des enfants d'un passage du prophète Jérémie. Ces deux événements, qui ne sont ni développés ni commentés, dont on n'a aucune attestation ailleurs dans le Nouveau Testament ou hors de lui, ne servent strictement qu'à amener une citation. Il en va de même de la conception virginale qui interprète une phrase d'Esaïe : "voici la vierge sera enceinte". En fait, le texte hébreu d'Esaïe mentionne une jeune femme; c'est la Septante, version grecque datant du troisième siècle avant Jésus Christ qui parle d'une vierge.

3. Un troisième élément a plus de poids que les précédents. Il existe un midrash (un récit pieux et édifiant) concernant Moïse, que deux écrivains juifs, Flavius Josèphe et Philon contemporains de la rédaction des évangiles, nous transmettent. Matthieu reprend et démarque ce récit. D'après ce midrash, le père de Moïse fait un songe lui annonçant la naissance et la mission de son fils (ce qui correspond au songe de Joseph). Le Pharaon, averti aussi par un songe, a peur que cet enfant ne devienne pour lui un rival; il consulte conseillers et astrologues (de même Hérode averti par les mages consulte les docteurs de la loi et les prêtres). Le Pharaon décide de tuer tous les enfants qui peuvent vérifier la prédiction, mais le père de Moïse, averti toujours en songe soustrait son fils au massacre. Ajoutons que la mère de Moïse se nomme Myriam (Marie). Le récit de Matthieu semble calqué sur une version de ce midrash à ceci près qu'il l'applique à Jésus et non à Moïse.

3. Le message

J'ai dit à l'instant qu'il ne faut pas voir dans un mythe une histoire dépourvue de sens, d'intérêt et de vérité. Le mythe, comme la parabole, a pour but de faire entendre un message à travers une histoire réelle ou fictive.

Quel message entend délivrer Matthieu? Il consiste en deux points :

1. D'abord, la venue du Christ répond aux espérances du peuple juif, et exauce aussi les attentes des païens, d'où l'insistance sur les prophéties pour le judaïsme, et sur les mages pour le paganisme. Le Christ et son évangile apportent aux humains ce à quoi ils aspirent tous, qu'ils appartiennent au peuple croyant ou aux nations idolâtres.

2. Ensuite, et surtout, Matthieu entend présenter Jésus comme le nouveau Moïse. Le judaïsme, à cette époque, accorde à Moïse une importance centrale, bien supérieure à celle de David, le roi type ou d'Elie le prophète exemplaire. Moïse, en effet, a libéré les Hébreux de l'esclavage et leur a donné la loi, il a été à la fois le bras et la bouche de Dieu. Comme le dit la fin de Deutéronome : "il ne s'est plus levé en Israël de prophètes comme Moïse, il est incomparable". Or, le personnage dont l'Ancien Testament parle quelques lignes avant de passer à Moïse s'appelle Joseph, et a des songes, comme le père de Jésus dans le récit de Matthieu. Il va aussi en Égypte. Jésus échappe à un massacre d'enfants comme Moïse; et les mages lui rendent hommage de même que les magiciens d'Égypte s'inclinent devant Moïse. Le rapprochement entre Moïse et Jésus paraît à la fois audacieux, puisque le Deutéronome proclame Moïse "incomparable", et compréhensible parce que le même Deutéronome annonce que Dieu enverra un jour un nouveau Moïse. La suite de l'évangile de Matthieu poursuit le parallèle. Ainsi, les quarante jours de Jésus dans le désert au moment de la tentation évoquent les quarante ans de pérégrination de Moïse et des hébreux avant d'arriver en Canaan. À la loi donnée sur le Sinaï correspond le sermon sur la montagne. De même, la Cène est le pendant du repas pascal juif; au moment où pendant ce repas on évoque Moïse et l'exode, référence et fondement de la foi juive, Jésus parle de sa mort et de sa résurrection, en indiquant ainsi ce qui va devenir le fondement et la référence de la nouvelle alliance, et y prendre la place qu'occupaient dans l'ancienne Moïse et l'Exode.

Ce parallélisme correspond à l'orientation d'ensemble de Matthieu. Il écrit pour des juifs, et s'inscrit dans la culture religieuse du judaïsme traditionnel, il en reprend les procédés littéraires, les modes d'argumentation, et les références. Pour souligner l'importance de Jésus, il le présente comme un nouveau Moïse. Il n'exclut cependant pas les païens. L'épisode des mages montre que Jésus les concerne également.


L'auteur insiste, en conclusion, sur deux idées:

• D'abord, exprimer ce qui échappe au discours ordinaire ou direct, faire sentir ce qu'une connaissance intellectuelle et objective ne peut pas saisir. Il y a des choses que les mots, les concepts ne peuvent pas dire. Le mythe (comme l'art, en général) les évoque, les suggère, en donne non pas un savoir, mais une saveur. Le mythe est le langage qui permet d'évoquer l'ineffable, de ne pas être condamné à le taire.

• Ensuite, le mythe donne au message de la couleur, de la chair, du rayonnement, il le rend parlant et lui permet de nous toucher. Supprimer le mythe enlève au message une partie de son impact, de sa puissance d'interpeller et d'émouvoir. L'enseignement, le discours instruit; le mythe à la fois instruit et fait vibrer. La doctrine fossilise le sacré, le mythe le fait palpiter. Les évangiles n'éliminent pas les mythes d'Israël ou du monde gréco-latin (pas plus que l'Ancien Testament n'écarte les mythes babyloniens ou égyptiens). Les écrits bibliques se servent de ces mythes, en les modifiant, en les utilisant comme vecteurs de communication.


scratch En complément de cette remarquable analyse, j'aimerais encore ajouter ceci: Tous les auteurs du Nouveau Testament n'écrivent pas de la même manière. On n'aborde pas l'Apocalypse comme on lit l'Evangile ou une lettre de Paul. Mais à l'intérieur des textes eux-mêmes, il faut avoir une lecture différenciée, en phase avec tel ou tel fragment. Cela conforte aussi l'idée que les Evangiles, tels que nous les connaissons, sont le fruit d'une compilation. Le matériel de rédaction provenait de milieux souvent différents obéissant à des théologies diverses.

study Pour autant, faut-il exclure le fait que Jésus soit né à Bethléem de Judée ? Pas forcément. On peut admettre un fond historique retravaillé par l'Evangéliste. Par exemple, on sait que non loin de Nazareth se trouvait un hameau appelé... Bethléem ! Pour des raisons théologiques, l'auteur a peut-être ressenti le besoin de transférer cette appellation vers un autre Bethléem, celui de Judée. Mais peut-être Jésus est-il quand même né en Judée... ! ? Le dossier est donc fort complexe et le questionnement ne trouvera peut-être jamais de solution pleinement satisfaisante Question, car je crois surtout qu'il faut lire le texte avec une extrême prudence, en ayant à l'esprit les intentions de son rédacteur, qui ne prétendait pas obéir à l'objectivité historique. Qu'on fasse donc dire à l'Evangile ce qu'il a vraiment voulu exprimer, une confession de foi !
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J-P Mouvaux
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MessageSujet: Re: Introduction   Lun 23 Mar - 21:00

Code:
Pour autant, faut-il exclure le fait que Jésus soit né à Bethléem de Judée ? Pas forcément. On peut admettre un fond historique retravaillé par l'Evangéliste. Par exemple, on sait que non loin de Nazareth se trouvait un hameau appelé... Bethléem ! Pour des raisons théologiques, l'auteur a peut-être ressenti le besoin de transférer cette appellation vers un autre Bethléem, celui de Judée. Mais peut-être Jésus est-il quand même né en Judée... ! ? Le dossier est donc fort complexe et le questionnement ne trouvera peut-être jamais de solution pleinement satisfaisante  , car je crois surtout qu'il faut lire le texte avec une extrême prudence, en ayant à l'esprit les intentions de son rédacteur, qui ne prétendait pas obéir à l'objectivité historique. Qu'on fasse donc dire à l'Evangile ce qu'il a vraiment voulu exprimer, une confession de foi !

Que Jésus soit né à Bethléem ou ailleurs, peu importe.

Les « évangiles de l’enfance », dont le style tranche, d’ailleurs, avec celui du reste des « évangiles » sont des récits de type « mythique », nous en sommes tous bien d’accord.

Code:
Quel message entend délivrer Matthieu? Il consiste en deux points :

1. D'abord, la venue du Christ répond aux espérances du peuple juif, et exauce aussi les attentes des païens, d'où l'insistance sur les prophéties pour le judaïsme, et sur les mages pour le paganisme.
2. Ensuite, et surtout, Matthieu entend présenter Jésus comme le nouveau Moïse.

Ces textes s’inscrivent dans la compétition entre le courant du judaïsme rabbinique des pharisiens et celui des « proto-chrétiens » ; à qui revient la légitimité de l’héritage de la tradition judaïque ?
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Pierre

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MessageSujet: Re: Introduction   Mar 24 Mar - 0:58

J-P Mouvaux a écrit:
Que Jésus soit né à Bethléem ou ailleurs, peu importe.
Oui effectivement. Mais comprendre cette problématique peut nous permettre de mieux comprendre le but de l'évangéliste. Que cherche-t-il à montrer en faisant naître Jésus à Bethléem ? L'interrogation n'est pas forcément anodine... C'est ce que j'ai essayé de dire dans ma présentation sur Matthieu en général et c'est pour cela que j'ai cité l'article de A. Gounelle consacré spécifiquement à la question de l'enfance de Jésus.

J.-P. Mouvaux a écrit:
A qui revient la légitimité de l’héritage de la tradition judaïque ?
Pour répondre à cette question il faut s'entendre sur les termes «légitimité» et «héritage»... bom
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J-P Mouvaux
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MessageSujet: Re: Introduction   Mar 24 Mar - 2:37

Code:
Que cherche-t-il à montrer en faisant naître Jésus à Bethléem ?

Bethléem est la ville de naissance de David. Faire naître Jésus à Bethléem, c’est évidemment l’affirmer comme l’héritier de la couronne de David, revendiquer pour lui le titre de « Messie ».

Code:
A qui revient la légitimité de l’héritage de la tradition judaïque ?
Code:
Pour répondre à cette question il faut s'entendre sur les termes «légitimité» et «héritage»...


Cette question c’est la question qui était débattue entre juifs rabbiniques et « proto-chrétiens » ; chacun de son côté revendiquant cet « héritage ».
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MessageSujet: Re: Introduction   Mar 24 Mar - 20:18

J-P Mouvaux a écrit:
Bethléem est la ville de naissance de David. Faire naître Jésus à Bethléem, c’est évidemment l’affirmer comme l’héritier de la couronne de David, revendiquer pour lui le titre de « Messie ».
Evidemment !

J.-P. Mouvaux a écrit:
A qui revient la légitimité de l’héritage de la tradition judaïque ? [...]Cette question c’est la question qui était débattue entre juifs rabbiniques et « proto-chrétiens » ; chacun de son côté revendiquant cet « héritage ».
Comment vois-tu ce débat, selon quels termes ? scratch


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J-P Mouvaux
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MessageSujet: Re: Introduction   Mar 24 Mar - 23:24

En termes de concurrence pour la possession d'un "capital culturel" pour employer des termes "bourdieusiens".

Il n'aurait pas été inimaginable que cet "héritage spirituel" constitué de la "Torah" et des "prophètes" soit l'héritage commun des deux religions : juive et chrétienne, mais l'église chrétienne se prétendra "verus Israël", la seule héritière légitime de la tradition juive, à l'exclusion du judaïsme rabbinique, qui ne reconnaissait pas la royauté messianique de Jésus.
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MessageSujet: Re: Introduction   Ven 27 Mar - 1:50

J-P Mouvaux a écrit:
En termes de concurrence pour la possession d'un "capital culturel" pour employer des termes "bourdieusiens".

Il n'aurait pas été inimaginable que cet "héritage spirituel" constitué de la "Torah" et des "prophètes" soit l'héritage commun des deux religions : juive et chrétienne, mais l'église chrétienne se prétendra "verus Israël", la seule héritière légitime de la tradition juive, à l'exclusion du judaïsme rabbinique, qui ne reconnaissait pas la royauté messianique de Jésus.
Je suis assez d'accord avec cette analyse. Mais je pense quand même que Juifs et Chrétiens n'ont pas la même conception de «l'héritage». Quand les Chrétiens prétendent former le «Verus Israel», le sens n'est pas le même que pour les Juifs. Du côté chrétien, surtout depuis le triomphe des Pagano-Chrétiens, on a une vision plus large, plus spirituelle, de cet héritage, et l'Evangile de Matthieu témoigne de cette évolution de manière très claire.
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