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 Évangile et prophétie

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florence_yvonne
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MessageSujet: Évangile et prophétie   Sam 23 Juin - 23:58

Samuel BÉNÉTREAU
Biblica 85 (2004) 174-191
Évangile et prophétie
un texte original (1 P 1,10-12) peut-il éclairer
un texte difficile (2 P 1,16-21)?


Posons clairement le but et les limites de notre enquête. Il ne s’agit pas de se prononcer sur l’ensemble des rapports entre la deuxième et la première de Pierre, sujet largement débattu, ou d’aborder la question des auteurs des épîtres. Le seul présupposé que nous adoptons — il correspond à un avis très majoritaire — est une connaissance de la première de Pierre par la deuxième (cf. 2 P 3,1) et donc la pertinence de l’examen d’une éventuelle parenté entre des passages appartenant à l’une et à l’autre. Nous tentons de montrer que le texte particulièrement difficile de 2 P 1,16-21 s’éclaire si l’on prend en compte la lumière que vient projeter l’étude de 1 P 1,10-12.
Examiner l’éventualité de rapports ponctuels entre les deux œuvres n’est pas une entreprise neuve. Divers auteurs, dans des intentions variées, n’ont pas manqué de repérer des points de contact. L’effort le plus caractérisé et déjà ancien est celui de G.H. Boobyer "The Indebtedness of 2 Peter to 1 Peter", mais, pour les passages qui nous intéressent, sa contribution est limitée; il s’attache surtout au motif de la transfiguration1. Reconnaissons-le dès maintenant, la solution que nous privilégions suppose, pour 2 Pierre, des choix exégétiques qui, sans être inédits, n’obtiennent pas l’adhésion du plus grand nombre.
Nous exposons successivement les deux textes en dégageant leurs éléments constitutifs et, essentiellement pour 2 Pierre, les choix exégétiques qui s’imposent; nous abordons ensuite la question des correspondances.

1. La prophétie au service de l’Évangile: 1 P 1,10-12
1 P 1,10-12 n’est pas un texte spécialement difficile. Son axe principal représente une conviction bien établie dans le christianisme primitif: les anciens prophètes ont préparé la proclamation de l’Évangile en attestant à l’avance l’œuvre du Christ. Désormais, les prédicateurs de cet Évangile, grâce à la réalisation des prophéties et sous l’action de l’Esprit, peuvent proclamer au monde, avec assurance, la grandeur d’un salut qui suscite émerveillement et reconnaissance. L’originalité du passage a trait à la description de l’attitude des prophètes et à celle des anges. On relève les motifs suivants:
Le salut.
Décrit dans les versets précédents (1,3-9) comme réalité précieuse mais encore ambiguë (épreuves; non-visibilité) ce salut est situé par quelques expressions: c’est "la grâce qui vous était destinée" (10b)2; il s’agit "des souffrances destinées au Christ et des gloires qui les suivraient" (v. 11); ce sont maintenant "ces choses qui vous ont été annoncées par les porteurs de la Bonne Nouvelle" (v. 12a), si belles "que les anges désirent y plonger leurs regards" (12,b). Les aspects de ce salut qui ressortent sont la générosité divine (xa/rij,"une grâce"), la centralité de la Personne et de l’œuvre du Christ ("les souffrances et les gloires"), avec un accent sur la dimension de gloire (le pluriel "les gloires" et l’émerveillement des anges).
La parole des prophètes.
Le rôle et la condition des prophètes occupent la majeure partie de ces trois versets (une place plus large que celle relative aux porteurs de l’Évangile). La nouveauté dans la présentation de leur activité réside en ceci: ils attestent une grâce qu’ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Ce n’est certainement pas une façon de refuser toute utilité immédiate à la prophétie d’Israël (désignation globale des Écrits sacrés), mais l’expression d’une certitude: le Christ est la clé qui en ouvre le sens (cf. Lc 24,35; Ac 3,18). Trois indications rares assurent l’originalité du passage: 1) les prophètes percevaient qu’ils annonçaient une réalisation messianique qui comporterait souffrance et gloire; 2) conscients d’une profondeur qui les dépassait, ils voulaient en savoir davantage et devenaient d’infatigables chercheurs, scrutant "le temps et les circonstances"; 3) comme une grâce et une limite infranchissable, il leur fut révélé que le message n’était pas pour eux-mêmes mais pour une génération à venir, en fait les bénéficiaires de l’ Évangile3.
Le ministère de l’Esprit.
Il œuvrait dans les prophètes en indiquant et en attestant à l’avance le destin du Messie, et il accompagne la prédication de l’Évangile ([e/n] pneu/mati a(gi/w|).
Les prédicateurs de l’Évangile.
Il leur revient de servir (dihko/noun) ce message de salut que les prophètes ont communiqué, désormais dans la clarté découlant de l’événement rédempteur et de l’intervention de l’Esprit "envoyé du ciel".
La disposition de ces éléments retient l’attention. Dans une sorte de chiasme assez lâche, la Personne du Christ Sauveur, souffrant et glorieux, se trouve placée au cœur de la Parole, à la fois l’ancienne et la nouvelle:



A ce (glorieux) salut
B
la parole des prophètes-chercheurs témoignant à l’avance du Christ, par l’Esprit
C
le Christ Sauveur, ses souffrances et ses gloires
B’
la parole des porteurs de l’Évangile annonçant le Christ, par l’Esprit
A’
le salut (ces choses) si glorieux qu’il attire le regard des anges

On distingue des éléments de continuité: un plan divin, un Dieu qui parle, un seul salut, un seul Esprit agissant, même si la désignation diffère ["l’Esprit du Christ", 11a4; "l’Esprit Saint envoyé du ciel", 12b], une même Parole en ce qu’elle a en permanence un objet identique.
Les différences
entre l’ "autrefois" et le "maintenant" portent essentiellement sur les modalités: les prophètes énoncent une parole certaine, "authentifiée" par l’Esprit5, mais qui les intrigue, et il leur est révélé qu’ils travaillent pour d’autres, alors que les apôtres et les témoins, après l’intervention du Christ et la Pentecôte, annoncent avec assurance un message clarifié. Pour ce qui concerne l’Esprit, les actions sont distinctes: d’un côté, une présence efficace ("l’Esprit du Christ en eux) agissant sur la production de la parole relative au Christ, de l’autre côté, une intervention peu précisée en rapport avec la prédication de l’Évangile; le[e/n] pneu/mati a(gi/w| a)postale/nti a)p' ou)ranou=peut indiquer un accompagnement donnant efficacité à la Parole, motif bien connu, ou avoir une fonction d’illumination (cf. Jn 14,26; 15,13; 1 Co 2,13; 12,3), ce dernier aspect paraissant approprié à un contexte qui a développé l’idée d’une relative obscurité de la prophétie pour les anciens.
Reste la question des raisons qui ont poussé l’auteur à placer ici ce développement. C’est une section charnière, entre, d’une part, l’énoncé d’une bénédiction qui exalte les aspects glorieux du salut offert en Jésus Christ, énoncé à l’indicatif d’un "déjà" accordé et promis (v. 3-9) et, d’autre part, l’impératif d’une série d’exhortations visant l’existence chrétienne dans le monde (v. 13-21; "éveillez-vous..."; "soyez sobres..."; "ne vous conformez pas aux désirs que vous aviez autrefois..."; etc.). Il y a toute raison de penser que l’auteur veut rappeler le fondement sur lequel repose et la certitude du salut et l’opportunité de ses propres exhortations: le fondement de la Parole. L’élément mis spécialement en évidence est la parole des prophètes, parole bien orientée, quoique voilée, puisque dirigée vers le Christ, mais il s’agit aussi de la situer exactement par rapport à l’Évangile. La situer, c’est montrer qu’il y a, en fait, une seule parole: les prophètes "étaient au service de ces choses que vous annoncent maintenant les prédicateurs de la Bonne Nouvelle" (v. 12). L’unité du message assure sa solidité. Demeure, en arrière-plan, le problème de la juste compréhension de la prophétie. Si ces hommes de Dieu qu’étaient les prophètes ne pouvaient dominer leurs propres discours en dépit de leurs incessantes investigations, il est clair que la compréhension humaine est dépassée. Les anciens ne pouvaient décoder leur message, car le "moment", le kairo/j, n’était pas venu et ses circonstances n’étaient pas précisées. Les chrétiens, eux, appartiennent au "maintenant". La fin du passage, sans être très explicite, fait état de deux facteurs qui doivent leur permettre une bonne saisie. En employant la tournure oi( eu)aggelisa/menoi/ u(ma=j, "ceux qui vous ont apporté l’Évangile", il est suggéré que la parole peut désormais être annoncée clairement comme une Bonne Nouvelle, une Nouvelle de salut accompli et disponible. Le deuxième facteur est l’activité de l’Esprit, don du ciel, auquel on peut reconnaître ce double pouvoir, persuasion et dévoilement. Les croyants sont donc invités à se réjouir de la fermeté de la parole du salut, parole prêchée dans les Églises et parole lue dans les Écritures. Une polémique est-elle sous-jacente? L’épître ne mène pas de combat contre des "hérésies". La remarque finale "je vous ai écrit ...pour vous exhorter et vous attester que c’est à la véritable grâce de Dieu que vous êtes attachés" (v. 5,12) a l’allure, non d’une attaque contre des opposants, mais d’une volonté d’encouragement et de réconfort. L’auteur prépare donc en 1,10-12 l’utilisation massive de l’Ancien Testament à laquelle il va s’adonner, mais sa lecture sera strictement christologique, dans l’indispensable soumission à l’Esprit (dès la salutation, v. 2, une des dimensions de la condition chrétienne est "la sanctification par l’Esprit", [e)n] pneu/mati a(gi/w|). On sait que la Première de Pierre est un des livres du Nouveau Testament qui comptent proportionnellement le plus de citations de l’Ancien Testament ou d’allusions6.

2. Solidité de l’Évangile et de la prophétie (2 P 1,16-21)
Ce passage de la Deuxième de Pierre peut être qualifié de difficile dans la mesure où il impose des décisions délicates, et l’intention même de l’auteur prête à discussion. On distingue deux parties, 16-18 et 19-21, reliées entre elles par "et", éventuellement par la comparaison bebaio/teron ("plus ferme" ou "très ferme"). L’unité de l’ensemble est assurée par un thème commun, la Parole, une parole transmise par les apôtres ("nous vous avons fait connaître" (1,16) et la parole prophétique "à laquelle vous faites bien de vous attacher" (1,19). Les destinateurs, le "nous" apostolique, commande à la fois le message relatif au Christ, 1,16-18, et l’affirmation relative à l’excellence de la prophétie, 1,19-21, avec, vraisemblablement, dans ce deuxième "nous", un élargissement qui permet d’associer la communauté chrétienne à la jouissance de ce trésor. Nous ne pouvons pas nous livrer ici à une étude détaillée d’un passage aussi riche. Nous retenons les éléments qui peuvent intervenir dans la comparaison entre 1 et 2 Pierre.
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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Évangile et prophétie   Sam 23 Juin - 23:59

a) Le témoignage apostolique (1,16-18
On ne peut négliger ce qui précède immédiatement cette section, les versets 12-15, d’autant que le lien est explicité par ga/r, "en effet", au début du verset 16. L’auteur y fait part de son souci que les fidèles gardent le souvenir des "ces choses" (tau=ta, v. 12.15). Ce tau=tarenvoie lui-même au développement précédent (3-11), une sorte de résumé du message chrétien dans ses deux aspects conjoints: la munificence des grâces divines et la nécessité, à partir de ces grâces, d’une piété forte, résolue, seule apte à assurer un large accueil dans "le Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ". "Ces choses" sont donc l’Évangile du Christ vu comme une globalité impliquant une grâce qui oblige. On note que dans les versets 12-15, au ton très personnel, la responsabilité apostolique s’exerce dans le présent (v. 13), mais concerne aussi l’avenir, la génération suivante, par la mise à disposition des enseignements indispensables (v. 15).
Au début du verset 16 le climat change: une négation vigoureuse annonce un propos polémique:"Ce n’est pas, en effet, en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître ...". On peut considérer cet accent polémique soit comme une défense de l’auteur devant des critiques portant sur l’annonce de l’Évangile, soit comme une attaque visant les discours d’adversaires. La décision importe peu pour notre étude, mais, avec un bon nombre de commentateurs, nous considérons comme vraisemblable une réaction au dénigrement de la prédication chrétienne, accusée de recourir à des "mythes" et à des "habiletés". L’intention est alors de revendiquer le sérieux du discours chrétien qui ne relève nullement d’une imagination débridée et de propos fallacieux. Un choix beaucoup plus lourd de conséquences s’impose dès ce verset 16 puisqu’il touche à la nature du message apostolique signalé par la formule "la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ". Deux interprétations s’affrontent. L’une, qui a les faveurs de nombreux modernes, repose sur une conviction très simple et très ferme: le mot parousi/a, "avènement", "venue", est une référence à la parousie glorieuse de Jésus à la fin des temps,le terme ayant acquis chez les chrétiens ce sens "technique". La présence de du/namij comme premier terme du couple n’est pas gênante, dit-on, car on aurait un hendiadys, le sens global étant "l’avènement puissant", "l’avènement en puissance". Selon cette lecture "eschatologique", l’objet de 16-18 serait déjà la promotion de l’espérance chrétienne (elle sera développée au chapitre 3), une espérance dénigrée comme impliquant un mythe irrecevable. La place faite à l’épisode de la transfiguration (v. 17-18, dit-on, justifierait cette thèse car la glorification de Jésus y serait comme une annonce et un prototype de la parousie future. L’autre interprétation, plus sensible au lien avec ce qui précède immédiatement où il s’agit de l’Évangile du Christ en général,et surtout soucieuse de la rigueur du raisonnement de l’auteur, laisse à parousi/ale sens "d’avènement", de "venue", mais sans référence à l’eschatologie. Dans ce cas, l’expression viserait le cœur de l’Évangile, la venue du Christ parmi les hommes pour leur salut, une venue marquée par des signes de puissance et de majesté, la transfiguration étant considérée comme le plus remarquable de ceux-ci.
Comme la décision sur ce point importe pour notre étude, il nous faut signaler brièvement les principaux arguments. L’atout majeur de l’interprétation "eschatologique" est linguistique: parousi/apossède, effectivement, dans le Nouveau Testament et dans les textes chrétiens du 1er siècle, du moins en rapport avec le Christ, le sens spécifique de "parousie ultime et glorieuse". C’est aussi le sens en 2 P 3,4 et, dit-on, en 3,12, ce qui est discutable. C’est à partir du début du 2e siècle (cf. Ignace d’Antioche, Philadelphiens 9.2) qu’il deviendra courant d’appeler parousie l’incarnation du Seigneur. Il faut noter, cependant, que le sens large de "présence" est bien connu dans le Nouveau Testament lorsqu’il s’agit d’hommes (1 Co 16,17; 2 Co 7,6 et 7; 2 Co 10,10; Ph 1,26; 2,12). Les autres arguments avancés ont moins de poids. On affirme que l’ensemble de l’épître est au service d’une apologie de l’espérance chrétienne primitive, donc de l’attente d’une parousie glorieuse. R.J. Bauckham note que du/namij, comme do/caou kra/toj, est souvent associé à la parousie ultime, et il envisage même la possibilité du souvenir de Mt 16,28 et Mc 9,1, où il est question de la venue du règne en puissance7. T. Fornberg établit une distinction entre "la majesté" dont les apôtres ont été témoins et la parousie en puissance située au cœur du message que l’auteur veut transmettre8. Pour J.N.D. Kelly, la mention de "l’entrée dans le Royaume éternel du Christ" en 1,11 préparait en quelque sorte la référence à la parousie future en 1,169.

Les partisans d’une autre lecture ne manquent pas d’atouts. Le très savant exégète de Fribourg, C. Spicq, ne se laissait pas impressionner, dans son commentaire de 1966, par les considérations d’une majorité de commentateurs qui, déjà, "entendent la Parousie du second Avènement du Christ"10. À propos de la transfiguration, tout en reconnaissant que "la gloire du Seigneur transfiguré fut une préfiguration et un gage de sa parousie à la fin des temps", il est sensible au fait que les Synoptiques la considèrent comme anticipation de la résurrection (Mt 17,9; Mc 9,9-10; Lc 9,31) et non de la parousie. L’idée que la transfiguration puisse être perçue comme une sorte d’anticipation de la glorification future peut être retenue dans le cadre de l’interprétation "non eschatologique" du passage, mais alors comme une donnée secondaire, l’utilité première de la mention étant d’établir qu’une manifestation du Christ en gloire et approuvée du Dieu-Père a pu être enregistrée par des témoins qui non seulement "ont vu" (e)po/ptai), mais "ont entendu" la voix divine, et ont été "avec le Christ" sur la montagne11. La solidité de la parole apostolique relève de ce statut privilégié des témoins. L’argument majeur de Spicq est que tout ramener à une apologie de la parousie future, y compris la transfiguration, serait saper la valeur de la démonstration de l’auteur: "Accentuer cette typologie serait détruire l’argument du verset, qui exclut les inférences plus ou moins imaginatives au profit des seuls faits constatables"12. Les adeptes de la thèse eschatologique n’offrent pas de réplique très consistante à cet argument logique. Kelly s’y essaye, mais son propos est une assertion et non une démonstration: "L’auteur affirme certainement que son message possède une base ferme dans l’expérience des apôtres, mais cela n’implique pas que cette expérience n’a pas pu être la révélation d’un événement surnaturel qui s’accomplira pleinement dans le futur"13. La thèse de la centralité dans l’épître du thème de l’attente de la parousie peut être considérée comme excessive: l’intérêt se fixe aussi sur une piété saine (1,3-11; l’essentiel du chapitre 2; 3,11-14) et sur la solidité de la parole qui fait autorité, celle des prophètes et des apôtres (1,16-21; 3,1-2; 3,15-16)14. Pour ce qui concerne l’eschatologie, c’est seulementen 3,3-15 que l’intention de défendre l’attente de la parousie est manifeste. Certes, l’idée d’un avenir que Dieu maîtrise est très présente, mais ce n’est pas tellement l’événement de la parousie du Christ qui retient l’attention, mais soit l’entrée du chrétien individuel dans le Royaume éternel (1,11), soit le "Jour", vu essentiellement, à la manière de l’Ancien Testament, comme celui du rétablissement de la justice (l’ensemble du chapitre 2; 3,10.13)15. Le jugement "ne chôme pas" (2,3), mais sa vérité est à venir (2,9). À propos de l’emploi deparousi/a dans l’expression de 3,12 prosdokw=ntaj kai_ speu/dontaj th_n parousi/an th=j tou= qeou= h(me/raj, mise au compte des emplois "eschatologiques" par ceux qui plaident en faveur du sens "technique", on peut dire que, si l’expression globale "l’avènement du jour" renvoie manifestement à l’avenir, le mot important à cet égard est "le Jour", le jour de Dieu, le jour du jugement, parousi/a retrouvant le sens faible et banal de "venue".
Le choix n’est pas aussi simple qu’il paraît, et la facilité avec laquelle de nombreux modernes jugent que l’interprétation eschatologique s’est définitivement imposée surprend. La surprise est d’autant plus grande que beaucoup d’entre eux repoussent la rédaction de 2 Pierre à une date tardive, au moins la fin du 1er siècle, et on se rapproche donc des emplois connus de parousie, au 2eme siècle, pour l’incarnation. On peut saluer la pondération de E. Fuchs et P. Reymond qui, attentifs au poids des divers arguments, ne privilégient pas la lecture purement eschatologique et adoptent une solution "moyenne", non dépourvue de difficultés d’ailleurs. Ils voient dans parousi/a une référence aux deux venues du Christ: "Nous vous avons fait connaître, pour en avoir été témoins privilégiés, qu’il est venu et qu’il (re)viendra"16. Dans son récent commentaire, H. Paulsen emprunte une voie comparable. Tout en étant conscient qu’il s’écarte de la solution majoritaire, il juge que les versets 16-18 ont pour objet premier de fonder le message apostolique sur la parole de témoins. La grandeur du Seigneur établit un pont entre ce que les apôtres ont vu et ce message qui concerne aussi l’avenir. Selon Paulsen, si parousi/aa clairement le sens d’avènement futur dans les autres emplois de l’épître (cf. nos réserves pour 3,12!), ce n’est pas certain en 1,16. La notion de parousi/a, dit-il, tout en certifiant la valeur du message de l’Église relatif à un ku/riojà venir, joue aussi un rôle pour l’existence terrestre de ce ku/rioj. Il retient donc une solution d’association: par ce mot, l’auteur réunit l’existence terrestre de Jésus, caractérisée comme megaleio/thj, et son retour à la fin des temps17.Il sera précieux de voir si le texte de 1 P 1,10-12 peut aider dans la décision sur ce point.
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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Évangile et prophétie   Sam 23 Juin - 23:59

b) La parole prophétique (1,19-21) Le lien avec la section précédente, assuré par kai/,le souligne, la préoccupation relative à la "Parole" faisant autorité demeure: après "ce que les apôtres ont fait connaître" (v. 16) l’attention se fixe maintenant sur la "parole prophétique". Avec la plupart des auteurs, nous considérons que profhtiko_j lo/goj désigne l’ensemble de l’Ancien Testament, vu spécialement sous l’angle de l’annonce messianique. Le comparatif bebaio/teronintroduit-il une véritable comparaison entre les deux paroles ou encore l’idée d’une confirmation nécessaire de la parole prophétique18? C’est peu vraisemblable; l’épître aime unir plutôt que distinguer (3,2; 3,16). Il est donc préférable d’opter pour un comparatif absolu: "très ferme". À cette parole "qui est la solidité même" (TOB) et que nous possédons (e!xomen), il convient de "s’attacher" (prose/xontej), de "prêter attention", d’"adhérer". Sur la manière dont il est recommandé d’honorer cette précieuse parole un développement est proposé qui emprunte le registre de l’illumination. Deux étapes au moins sont distinguées: dans la première étape la parole est semblable à une lampe qui brille, qui répand donc une certaine lumière, mais dans un lieu obscur. Ce n’est pas un truisme. L’idée est que le rayonnement est réel, mais faible, limité, laissant encore de profondes ténèbres. La deuxième étape, c’est l’apparition du jour: "jusqu’à ce que se lève le jour" (diauga/zw: "commencer à poindre"). Comme si ce progrès majeur et cette victoire de la lumière n’était pas suffisamment qualifiés, intervient une autre indication, très poétique: "et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs" (fwsfo/roj littéralement "qui porte la lumière", désigne Venus (TDNT 9, 312) qui accompagne les premières lueurs de l’aube; on peut donc considérer que l’étoile est associée à l’apparition du jour19.
Les auteurs qui optent pour une lecture eschatologique de parou-si/a et de la mention de la transfiguration adoptent le même type d’interprétation pour l’apparition du jour, qui est alors le jour de l’Achèvement: la prophétie est utile jusqu’à la pleine révélation, accordée seulement à ce moment là. La difficulté réside alors dans la précision "dans vos cœurs". Spiritualisation et individualisation de l’eschatologie chrétienne primitive, ont pensé certains (Schelkle, Kelly, Frankemölle, etc.)20. Mention des effets dans les cœurs du débordement de lumière dans la présence de Dieu, en raison de la parfaite révélation (Fornberg, Bauckham, etc.)21? Beaucoup ont reconnu que la lecture la plus naturelle voudrait que l’illumination soit une expérience de la vie présente; Bauckham cite dans ce sens Plumptre, Mayor, James, Spicq, Grundmann, Delling (TDNT 2, 953), Käsemann, (Apologia22). Ainsi, une décision importante doit également être prise sur l’interprétation de l’image de la lumière et de son retentissement: vision des conséquences de la parousie future, ou expérience terrestre liée à la connaissance du Christ apportée par l’Évangile et par l’action de l’Esprit venant dévoiler la "parole prophétique"? Sur ce point également, l’aide éventuelle de 1 P 1,10-12 serait utile.
Reste à considérer les versets 20 et 21 qui prolongent la présentation de la prophétie. À nouveau, le lecteur doit faire des choix: s’il y a un large accord pour admettre que l’expression "la prophétie de l’Écriture" est une autre façon de viser "la parole prophétique", l’Ancien Testament pris globalement, et que e)pi/lusijsignifie "interprétation", "explication"23, les esprits s’opposent sur l’identité de ceux qui pratiquent cette dernière. Les deux thèses jouent sur la construction du verbe gi/nomai avec le génitif et sur la portée de l’adjectif i)di/aj: 1) aucune prophétie d’Écriture ne relève d’une interprétation "particulière", "privée" (il s’agit alors d’une condamnation de l’interprétation illégitime de celui qui lit la prophétie); 2) aucune prophétie d’Écriture ne provient de l’interprétation propre des prophètes (c’est la production même de la prophétie qui est en cause: elle ne peut être simplement humaine). La première solution est retenue par le plus grand nombre de commentaires et de traductions24, mais avec des différences dans la désignation de l’instance qui s’oppose à "particulier" ou "privé": l’interprétation de l’Esprit, celle des apôtres, celle de la communauté en général, celle des autorités de l’Église25. Mais il y a des adeptes convaincus de la deuxième solution (Bauckham, etc.), qui semble trouver un appui dans le verset 21 où l’origine non humaine mais divine de la prophétie est affirmée. Une difficulté toutefois réside dans le fait que l’idée d’origine s’exprimerait normalement au verset 20 au moyen de e)kdevant le génitif e)pilu/sewj. Le rapport avec le verset 21 soulève un autre problème, mais il affecte les deux solutions. Si l’on retient la mention d’une origine non humaine mais divine de la prophétie déjà au verset 20, le verset 21 paraît redondant (Bauckham juge qu’on peut échapper à cette conclusion, en considérant que 21b fournit la raison pour laquelle la prophétie n’est pas le produit d’une interprétation humaine)26. Si, au verset 20, on retient l’interprétation de la prophétie par ses lecteurs (les remarques sur l’interprétation erronée des Écritures en 3,16 fournissant un bon appui), quel rapport peut exister avec le verset 21? Il est alors implicite: dire que l’interprétation juste de la prophétie n’est pas à la portée de l’homme livré à lui-même, c’est sous-entendre, à partir des thèses exprimées ailleurs dans l’épître, qu’elle relève des apôtres (3,2), guidés par l’Esprit (aucune mention d’une autorité ecclésiastique). L’Esprit, qui est à l’origine de la prophétie, doit contrôler aussi sa lecture, par les instruments qu’il qualifie pour cela. On peut noter que le même problème se pose pour l’exhortation relative à Paul et à l’ensemble des "Écritures" en 3,15-16: la dénonciation des "ignares sans formation qui tordent le sens des Écritures" n’est pas suivie de la mention de l’autorité qui assurera l’interprétation correcte. Il faut donc tirer de ce qui suit immédiatement (3,17: "croissez dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ") et, plus généralement, des données de l’épître le fondement d’un enseignement correct. C’est la référence soutenue au rôle des apôtres (1,12-18; 3,2) qui fournit alors la meilleure solution, étant entendu qu’ils ont été non seulement "témoins du Christ" (1,16-18) mais aussi qu’ils ont reçu mission de transmettre la parole de vérité (1,12-15). On peut ajouter que l’association étroite entre prophètes et apôtres, en 3,2, permet d’étendre aux seconds le privilège des premiers: "être portés par l’Esprit".
On le constate, le texte de 2 P 1,16-21 est exigeant et oblige à des choix délicats.

3. Correspondances

Plusieurs auteurs notent, à côté de différences considérables, des points de contact entre les deux épîtres. C’est le cas, fréquemment, pour la valorisation de la "parole prophétique"27. G.H. Boobyer, entre autres, ne manque pas de souligner l’intérêt commun pour l’inspiration de la prophétie (1 P 1,10-11 et 2 P 1,21). À propos de 2 P 1,16-21, il signale aussi la mention de la transfiguration, mais il trouve le parallèle en 1 P 5,1 ("la gloire qui va être révélée"). Sa conclusion est ample: l’ensemble du premier chapitre de 2 Pierre, dans sa structure et dans le développement des idées, est redevable à 1 P 1,2-12 (en y ajoutant 5,1)28. Kelly, après avoir souligné les différences, conclut néanmoins que l’auteur de 2 Pierre était familier avec 1 Pierre, à laquelle il prétend donner une suite. Il juge que Boobyer a montré que 2 Pierre reprend et développe plusieurs points29. K.H. Schelkle fait également état de la recherche de Boobyer sur les correspondances30. J. Chaine serait prêt à admettre une certaine influence de 1 Pierre, en dépit d’une distance manifeste; il relève des rencontres ponctuelles au sujet de l’annonce prophétique et de l’autorité de l’enseignement des apôtres31. C. Spicq, analysant les rapports entre 2 Pierre et 1 Pierre, note, sans les développer, deux motifs communs: "l’importance accordée aux prophéties" (1 P 1,10-12; 2 P 1,19-21) et l’association prophètes-apôtres (1 P 1,12; 2 P 3,2)32. N. Hillyer, dans la liste des similitudes, fait état de la correspondance entre 1 P 1,10-12 et 2 P 1,19-20, à propos de "l’accent sur la prophétie"33. Le commentaire de Fuchs-Reymond mentionne seulement une évocation de 1 P 1,10-12 en 2 P 3,1 (le renvoi à la "première lettre")34. C’est J.H. Neyrey qui, dans sa liste des expressions communes, signale le plus clairement, sans développer, les affinités entre les deux passages que nous considérons, 1 P 1,10-12 et 2 P 1,16-21, mais seulement sous l’angle de la confirmation de l’inspiration prophétique35. Bauckham est celui qui écarte avec le plus de vigueur l’influence de 1 Pierre sur 2 Pierre (si, comme il le pense, l’auteur est un collègue de Pierre, il n’a pas besoin, déclare-t-il, d’avoir recours à 1 Pierre s’il veut connaître la pensée de l’apôtre); le seul point de contact envisageable serait entre1 P 3,20 et 2 P 2,5 et 3,936. Il admet cependant comme probable que l’auteur de 2 Pierre connaissait 1 Pierre.
Notre propos est plus ambitieux: voir si on ne perçoit pas plus clairement la cohérence de l’ensemble de 2 P 1,16-21 si l’on accueille l’aide de 1 P 1,10-12.
Le rapprochement qui s’impose le plus nettement, reconnu par beaucoup, s’établit entre 1 P 1,11 et 2 P 1,21, relativement à l’inspiration de la prophétie:


Les prophètes ...recherchaient les indications données par l’Esprit du Christ qui était en eux et qui attestait par avance les souffrances...(1 P 1,11)
mais c’est porté par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu (2 P 1,21)
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MessageSujet: Re: Évangile et prophétie   Dim 24 Juin - 0:01

La formulation est autre, mais la conviction est identique. Ce point de contact évident incite à l’examen du verset 20 qui, en 2 Pierre 1, non seulement précède immédiatement la parole sur l’inspiration des prophètes, mais entretient manifestement un rapport avec elle. À son propos, nous l’avons constaté, se pose la question: mise en garde contre l’interprétation "particulière" de la prophétie par ses lecteurs ou polémique contre l’idée que sa production serait œuvre humaine, l’interprétation des prophètes eux-mêmes? Pour aider à la trancher, il faut considérer l’ensemble de la section 19-21, avec, au verset 19, l’image de la lumière et de ses deux étapes successives. Il est frappant que 1 P 1,10-12 marque aussi ces deux étapes, à sa manière, sans user du symbolisme de l’illumination: une première étape où les mystères de la prophétie laissent les croyants et même les prophètes dans une sorte de pénombre, malgré les efforts pour comprendre, et une deuxième étape où l’annonce de l’Évangile d’un Christ manifesté projette, avec le concours de l’Esprit, les clartés désirables. La séquence clairement inscrite en 1 Pierre incite alors à envisager une séquence analogue en 2 Pierre, ce qui conduit à reconnaître également en 2 P 1,19, dans les deux stades de l’illumination, le contraste en un "autrefois", où la lampe de la prophétie brille, mais faiblement, et un "maintenant" où la venue du Christ "étoile du matin" (la première venue!) inonde les "cœurs" de sa lumière. La structure claire de 1 P 1,10-12 suggère une structure identique en 2 Pierre, favorisant l’option "non eschatologique". La succession n’est pas: obscurité actuelle de la prophétie puis dévoilement au dernier Jour, mais obscurité relative de la prophétie jusqu’à l’annonce de l’Évangile qui révèle la Personne et l’œuvre du Christ. Ce choix permet de donner à l’expression "dans vos cœurs" du verset 19 un sens parfaitement naturel: l’Esprit du Christ accompagne la prophétie portée par l’Évangile et fait pénétrer le message au plus profond de l’être humain.
Si l’on accepte cette correspondance, on sera guidé dans le choix qui porte sur le verset 20: c’est l’idée d’interprétation correcte de la prophétie par ses utilisateurs qui convient le mieux. En effet, 1 P 1,10-12 pose le problème d’une lecture plénière de l’Ancien Testament. Avec la meilleure volonté, les prophètes eux-mêmes ne pouvaient y parvenir. Il faut la parole apostolique, après la révélation du Christ et l’intervention de l’Esprit, pour atteindre le but. On peut penser que le même souci se fait jour en 2 P 1,20: pas d’interprétation privée, particulière, mais celle des apôtres soutenus par l’Esprit.
À propos du rapport entre les versets 20 et 21, la solution d’une
référence à l’interprétation de l’Écriture par ses lecteurs au verset 20 trouve aussi un appui dans la double mention de l’Esprit en 1 P 1,10-12: l’Esprit qui, d’abord, "atteste dans l’esprit des prophètes" accompagne ensuite la prédication de l’Évangile. Le même Esprit préside donc à la production de la prophétie puis à sa clarification et à son application dans la prédication chrétienne. En 2 P 1,20-21, on a la même réalité, la permanence de l’action de l’Esprit, mais dans une séquence inversée: la nécessité d’une interprétation correcte de la prophétie, v. 20, et ceci en fonction de l’origine de celle ci (v. 21: les prophètes ont parlé portés par l’Esprit, de la part de Dieu)37. J.C. Margot exprime bien cette logique: "La soumission à l’Esprit de Dieu étant à l’origine de la prophétie, la même soumission conditionne également la compréhension et l’interprétation de la Parole de Dieu"38.
Nous venons de considérer le concours que peut apporter le texte de 1 Pierre à la lecture de la section 1 P 1,19-21. La section 16-18 peut-elle en bénéficier également? On remarque l’association étroite, dans les deux textes pris globalement (1 P 1,10-12 et 2 P 1,16-21) entre parole prophétique et parole apostolique. En 1 P 1,10-12 l’ordre est "parole prophétique" puis "paroles apostolique", alors qu’en 2 P 1,16-21 l’ordre est inversé, mais l’association demeure et sa force est confirmée en 3,2, où la parole de "vos apôtres" prolonge celle des "saints prophètes", et encore en 3,15-16 où les lettres de Paul, bien que celui-ci ne soit pas qualifié d’apôtre, sont rangées parmi "les Écritures". L’accent placé sur ce lien entre parole des apôtres et parole des prophètes va dans le sens de la thèse selon laquelle en 2 P 1,16-18 l’intention de l’auteur n’est pas tellement de défendre déjà l’eschatologie primitive centrée sur la parousie, mais bien plutôt de plaider pour l’autorité de la prédication apostolique. Ces apôtres ont été témoins directs du Christ: ils n’ont pas raconté des fables, comme les adversaires le prétendent, ils ont été "aux côtés du Christ sur la montagne", ils ont vu, ils ont entendu de leurs oreilles de chair la voix divine qui attestait sa filialité unique. Ils ont droit à promouvoir "la juste manière de penser" (3,1), à énoncer le "commandement du Seigneur et Sauveur" (3,2), en tant que témoins et "envoyés". Si l’on retient cet intérêt fondamental pour la solidité de la Parole, celle des apôtres puis celle des prophètes, on optera pour l’interprétation non eschatologique de parousi/aet de la mention de la transfiguration, cette dernière étant vue d’abord comme une manifestation terrestre de gloire, accessible à la perception humaine, avant d’être, secondairement, une sorte d’anticipation de la parousie future.
*
* *
Ainsi, 2 P 1,16-21 nous paraît être, de même que 1 P 1,10-12, une section consacrée à la pose du fondement de la foi, la Parole relative au Christ. Affirmer la solidité de ce fondement est d’autant plus important en 2 Pierre que l’auteur va se lancer (chapitres 2 et 3) dans une vigoureuse dénonciation d’erreurs qui procèdent d’oublis et d’interprétations erronées de la Parole, des Écritures anciennes comme des nouvelles (les lettres de Paul, entre autres). Établir des correspondances entre ces deux passages, c’est, à l’évidence, privilégier une lecture non-eschatologique de 2 P 1,16-21, puisque 1 P 1,10-12 n’implique pas une référence directe à l’eschatologie. Certes, l’eschatologie n’est pas absente du texte de 1 Pierre: elle s’inscrit dans la notion de salut, telle qu’elle a été développée en 1,3-9 et reprise en 1,10a, elle est une des composantes du message prophétique ("les gloires destinées au Christ") et donc du message apostolique qui le prolonge et le clarifie. Mais l’eschatologie n’est pas un centre d’intérêt spécifique en 1,10-12. Les distinctions temporelles y sont: "autrefois", le temps de l’investigation du mystère, et "maintenant", celui de la proclamation à l’Église. De même, parler de lecture non-eschatologique de 2 P 1,16-21 ne signifie pas davantage une polarisation totale sur la condition terrestre du Christ. L’insistance sur son "l’éclat", sur "l’honneur et la gloire" du transfiguré bénéficiaire de l’approbation céleste laissent entrevoir un futur rayonnant. Mais en 16-18, c’est la vérité du témoignage apostolique qui est en cause et non pas l’attestation eschatologique. On peut ici introduire une remarque portant sur l’eschatologie dans l’ensemble de l’épître. Sans adhérer à la thèse excessive de E. Käsemann pour qui l’auteur défend une eschatologie dont il s’est éloigné et qu’il ne comprend plus, on doit remarquer que la ligne maîtresse n’est pas tellement la parousie comme rencontre de l’Église avec son Seigneur glorifié, mais plutôt un bouleversement où
la justice divine, déjà à l’œuvre dans le monde, se manifestera puissamment (chapitres 2 et 3; cf., en particulier, 3,12-13).
Notre conviction est que l’interprétation de 2 P 1,16-21 suggérée par le texte de 1 P 1,10-12 fournit une lecture cohérente qui trouve une place heureuse dans la structure de 2 Pierre. Ce n’est qu’un élément à prendre en considération quand on réfléchit à l’origine de la deuxième de Pierre. Toutes les solutions proposées à cet égard, sans exception, ont à affronter cette difficulté majeure: comment comprendre qu’une œuvre qui se réclame de Pierre et se présente comme une "deuxième lettre" paraisse si éloignée de 1 Pierre, tout en présentant des correspondances, dont la plus ample est celle que nous venons d’exposer.






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78740 Vaux-sur Seine


Samuel BÉNÉTREAU
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MessageSujet: Re: Évangile et prophétie   Dim 24 Juin - 0:01

NOTES 1 G.H. BOOBYER, "The Indebtedness of 2 Peter to 1 Peter", New Testament Essays. Studies in Memory of T.W. MANSON (éd. A.J.B. HIGGINS)(London 1959) 34-43.
2 Ce pluriel do/cajest exceptionnel. On le retrouve uniquement dans la Deuxième de Pierre, à propos des "gloires célestes", les êtres célestes, en 2,10,et en Jude 8. Il semble insuffisant de considérer que ce pluriel est amené parle pluriel paqh/mata, qui est fréquent. Un pluriel peut viser soit plusieurs occurrences, soit la diversité des manifestations d’une réalité. S’il s’agit d’une pluralité, on pensera à la résurrection, à l’ascension (cf 3,18), à la parousie.
3 Dans l’AT, la perplexité des prophètes devant les voies de Dieu et le message confié est parfois signalée (Ha 3,2; Dn 9,22.27; 12,6-13; cf. également 4 Esdras 4,33-34; 5,13), et les apocalypses juives expriment souvent le sentiment de parler pour une autre génération (1 Hénoch 1,2). C’est à Qumrân que l’investigation de la prophétie devient un motif récurrent. L’ignorance des anciens prophètes est affirmée (Pesher d’Habaquq 7,1-14) et il revient au Maître de justice et à la communauté d’expliciter le sens des textes.
4 L’expression "Esprit du Christ" ou "de Jésus", ou "du Fils", n’est pas courante, ni dans l’épître ni dans les autres livres du NT (seulement Ac 16,7; Rm 8,9; Ga 4,6; Ph 1,19, jamais en rapport avec l’AT). Application à l’AT du vocabulaire chrétien? Allusion à la préexistence du Christ agissant par l’Esprit? Plus simplement la volonté de souligner que l’Esprit qui intervenait dans la prophétie est le même que celui qui a animé le Christ et qui accompagne son message.
5 L’adjectif promarturo/menonintroduit cette nuance d’authentification.
6 Cf. S. BÉNÉTREAU, La première épître de Pierre (CEB; Vaux-sur-Seine 1984)48-49.
7 R.J. BAUCKHAM, Jude – 2 Peter (WBC; Waco, TX 1983) 215.
8 T. FORNBERG, An Early Church in a Pluralistic Society. A Study of 2 Peter(CB.NT 9; Lund 1977) 79.
9 J.N.D. KELLY, A Commentary on the Epistles of Peter and of Jude (BNTC; London 1969) 318.
10 C. SPICQ, Les épîtres de Pierre, (SB; Paris 1966) 219-220.
11 C. BIGG, The Epistles of St. Peter and St. Jude, (ICC; Edinburgh 1961) 231: tout en adoptant l’interprétation eschatologique de parousi/a, il remarque: "On peut noter que St Pierre ne se réfère pas à la Transfiguration pour prouver la parousie, mais pour prouver la crédibilité des apôtres qui ont proclamé la parousie".
12 SPICQ, Pierre, 220. Il précise: "Ainsi donc, les Apôtres n’ont pas prêché le résultat de leurs spéculations, mais ce qu’ils ont vu de leurs propres yeux ...".
13 KELLY, Peter and Jude, 318.
14 Sur l’apport théologique de 2 P, S. BÉNÉTREAU, La deuxième épître de Pierre, l’épître de Jude (CEB; Vaux-sur-Seine 1994) 58-64.
15 A. VÖGTLE, Der Judasbrief, der zweite Petrusbrief, (EKK XXII; Solothurn-Düsseldorf – Neukirchen-Vluyn 1994) 165, mentionne une thèse soutenue à Bâle par J.L. SNYDER, The Promise of his Coming. The Eschatology of 2 Peter (San Mateo, CA 1986) montrant que l’intérêt de l’épître se fixe non pas tellement sur la parousie en elle-même mais plutôt sur la manifestation de la justice divine.
16 E. FUCHS – P. REYMOND, La deuxième épître de saint Pierre. L’épître de saint Jude (CNT XIIIb;Neuchâtel – Paris 1980)68.
17 H. PAULSEN, Der 2 Petrusbrief, (KEK; Göttingen 1992) 118. Pour la transfiguration, il voit son utilité dans la pensée de l’auteur avant tout comme "légitimation" du message apostolique dont la parousie future fait partie.
18 Des solutions ont été avancées qui établissent une comparaison. Ainsi l’idée d’une consolidation de l’annonce messianique dans la prophétie par la manifestation de la gloire divine du Christ lors de la transfiguration.
19 Cf BAUCKHAM, Jude – 2 Peter, 225. On voit généralement dans cette image un souvenir de Nombres 24,17, déjà interprété messianiquement dans le judaïsme.
20 Ainsi H. FRANKEMÖLLE, 1 und 2 Petrusbrief (NEB; Würzburg 1987) 99; il perçoit une réelle "créativité théologique" chez l’auteur qui donne une interprétation psychologique et individuelle aux métaphores apocalyptiques.
21 FORNBERG, Early Church,85; BAUCKHAM, Jude – 2 Peter, 226. Pour BAUCKHAM, l’auteur attirerait l’attention sur un aspect de la parousie, à savoir que les croyants recevront alors la pleine révélation "dans leurs cœurs".
22 E. KÄSEMANN, "An Apologia for Primitive Christian Eschatology", Essays in New Testament Themes (SBT 41; London 1964) 169-195.
23 Cf. T.S. CURRAN, "The Teaching of II Peter 1.20. On the Interpretation of Prophecy", TS (1943/4) 351-352.
24 J.H. NEYREY, 2 Peter, Jude, (AB; New York – London – Toronto – Sydney – Auckland 1993) 182: "Le problème en 1.20-21, cependant, n’est pas celui de l’origine de la prophétie mais son interprétation".
25 Dans notre commentaire de 1994 (La Deuxième de Pierre, 125-129) nous avons avancé une solution un peu différente: i)di/aj renvoyant à pa=sa profhtei/a,on peut comprendre: "toute prophétie d’écriture ne relève pas de sa propre explication", ce qui signifie que la prophétie a besoin d’être éclairée par la révélation du Christ prêchée par les apôtres, avec le concours de l’Esprit Saint. Cette lecture correspond à la traduction par RUFIN des Homélies sur le livre de Nombres d’ORIGÈNE, qui cite ce texte: Omnis propheteia non potest propria absolutione constare, que A. MÉHAT (SC 29; 374) traduit: "Toute prophétie ne peut conclure par elle-même" (cf. CURRAN, The Teaching, qui cite RUFIN,360).
26 BAUCKHAM, Jude – 2 Peter, 232-233.
27 E.M.B. GREEN, 2 Peter Reconsidered (TynNTL; London 1960) se donne pour tâche de montrer l’ampleur des relations entre 1 Pierre et 2 Pierre.
28 BOOBYER, Indebtedness, 43-53.
29 KELLY, Commentary, 236.
30 K.H. SCHELKLE, Die Petrus Briefe, Der Judas Brief (HTKNT 13/2; Freiburg – Basel – Wien 1961) 222.
31 J. CHAINE, Les épîtres catholiques (EB; Paris 1939) 81.
32 SPICQ, Les épîtres, 188.
33 N. HILLYER, 1 and 2 Peter, Jude (NIBC; Peabody, MA 1992) 15.
34 FUCHS-REYMOND, Saint Pierre – Saint Jude,30.
35 NEYREY, 2 Peter – Jude, 134-135.
36 Pour BAUCKHAM, Jude – 2 Peter,160 et 286, 1 Pierre est mentionné en 3,1 essentiellement parce que les destinataires connaissaient l’œuvre.
37 Il est vrai que la deuxième de Pierre, si elle reconnaît pleinement l’autorité de la parole apostolique, ne mentionne pas clairement le rôle de l’Esprit dans cette autorité et son efficacité. On note toutefois l’expression employée pour Paul en 3,15: "avec la sagesse qui lui a été donnée". Cette "sagesse" ne serait-elle pas un autre nom de l’Esprit? L’idée d’une lumière qui pénètre désormais les "cœurs" évoquait déjà au verset 20 cette intériorisation qui est l’œuvre particulière de l’Esprit.
38 J.C. MARGOT, Les épîtres de Pierre (Genève1960) 110.
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MessageSujet: vaux sur Seine   Dim 16 Sep - 12:27

As-tu remarqué que, dans le texte que tu nous donnes, issu de la faculté évangélique de Vaux sur Seine :

  • L'auteur explique la Bible à partir d'une traduction française sans jamais recourir au texte en langue originale,
  • parle comme si les textes évangéliques n'avaient pas d'histoire ni de contexte de rédaction ?
  • parle comme si les textes évangéliques étaient 1 seul texte évangélique ?
  • parle comme si les prophètes de l'ancien testament parle de l'avenir et sont des diseuses de bonne aventure ?
  • ne donnent de référence qu'américaines ?
  • d'auteurs américain qui n'ont aucun écho au niveau international ?
  • ne cite aucun allemand ?
  • ne cite de francophones que s'ils sont publiés par Vaux (pas de Labor et Fides, pas de CERF, pas de Seuil, pas de Odile Jacob, pas de DDB, pas de Bayard)
  • ne cite que des francophones qu'on ne retrouve dans aucune bibliographie d'aucun ouvrage publié chez les éditeurs suscités


Quand tu auras répondu à ces questions (par exemple en allant lire les biblios debout à la FNAC la plus proche de chez toi ; la FNAC est très tolérante sur les lecteurs), tu nous dis ce que cela t'inspire.
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