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 Sur les tromperies,à quelques nobles artistes

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florence_yvonne
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MessageSujet: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:11

par saint Thomas d'Aquin
Proème

Sur la double manière de raisonner, correcte et non correcte

#634. — La logique est la science rationnelle, découverte, de plus, pour raisonner; par ailleurs, on peut raisonner correctement et non correctement. Aussi, l'un et l'autre relèvent de l'étude du logi-cien, de sorte qu'on parvienne, avec le raisonnement correct, à la connaissance véritable de quelque chose, et qu'à éviter le raisonnement faux, on évite l'erreur de la fausseté. L'une et l'autre manière de raisonner appartient au même homme, à la fois avec lui-même et avec autrui. Car tant à réfléchir en soi-même qu'à converser avec autrui, on peut raisonner correctement et non correcte-ment. Cependant, raisonner non correctement en réfléchissant en soi-même, cela arrive malgré soi, car personne ne cherche à se tromper soi-même. Mais raisonner non correctement avec autrui, cela arrive parfois avec intention de la part de celui qui fait le raisonnement, s'il cherche à tirer probation d'autrui, ou à avoir victoire sur lui pour sa propre gloire.
Le raisonnement dont on use avec soi-même ne peut s'appeler que syllogisme, ou une autre es-pèce d'argumentation. Mais le raisonnement dont on use avec autrui n'est pas seulement un syllo-gisme ou une argumentation, c'est aussi une discussion, car il a cours entre deux [interlocuteurs], en effet, à savoir, entre un attaquant et un répondeur. C'est pourquoi, au moment de traiter des faux raisonnements, on doit commencer par la discussion.
Chapitre 1 — Sur la discussion, son genre

#635. — La discussion est l'acte syllogistique d'une [personne] face à une autre en vue de montrer un propos. À dire acte, on touche le genre de la discussion; et à dire syllogistique, on touche l'ins-trument de la discussion, à savoir, le syllogisme, sous lequel on comprend, comme de l'imparfait sous du parfait, toutes les autres espèces d'argumentation et de discussion. Ainsi, on distingue la discussion des actes corporels, comme courir ou manger; et des actes volontaires, comme aimer et haïr. En effet, à dire syllogisme, on montre qu'il s'agit d'un acte de la raison, et à dire d'une [per-sonne] face à une autre, on touche les deux personnes de l'attaquant et du répondeur, entre lesquelles a cours la discussion; on ajoute cela aussi à la différence du raisonnement que tient celui qui raisonne avec lui-même. Du fait, par ailleurs, de dire pour montrer un propos, on touche l'effet de la discussion, ou son terme, ou sa fin prochaine, et on distingue ainsi la discussion des syllogismes exemplaires, que l'on n'induit pas pour montrer un propos, mais pour exemplifier une forme syllogistique.
Chapitre 2 — Sur les quatre espèces de discussion

#636. — Il y a quatre espèces de discussion: la didactique, la dialectique, la probative et la sophis-tique, que l'on appelle aussi d'un autre nom: la litigieuse.
La didactique, ou démonstrative, c'est celle qui sert à la science; elle procède de principes pre-miers, vrais, connus par soi, et propres à la science dont la discussion touche le propos; et elle a cours entre maître et disciple.
La dialectique, ensuite, est encore une discussion; elle procède de [principes] probables, et vise à une opinion, ou propos. On appelle probable, par ailleurs, ce dont tous, ou la plupart, ou les sages sont d'avis, et, parmi ces derniers, tous, ou les principaux et les plus connus.
La probative, ensuite, c'est la discussion qui sert à mettre [quelqu'un] à l'épreuve sur un [sujet] en usant de l'avis qu'il donne en répondant.
La sophistique, enfin, c'est celle qui vise à la gloire, de manière à donner l'air d'un sage; c'est pour cela qu'on l'appelle sophistique, c'est-à-dire, sagesse apparente. Elle procède de ce qui a l'air d'être vrai ou probable, mais ne l'est pas, soit, de manière absolue, en assumant des propositions fausses qui ont l'air d'être vraies, soit en argumentant sur la force de propositions fausses. Les argumentations logiques, en effet, se fondent sur la force de propositions vraies, auxquelles tient toute la force de l'argumentation, comme cette argumentation: ‘Socrate est homme, donc, Socrate est animal’ s'appuie sur la force de cette proposition: «À quoi s'attribue l'espèce, le genre aussi», qui est absolument vraie. On argumente sophistiquement ainsi: ‘Socrate est animal, donc, il est homme’, et ceci sur la force de cette proposition fausse: «À quoi s'attribue le genre, l'espèce aussi.»
Chapitre 3 — Sur la discussion sophistique

#637. — Laissant de côté les autres discussions, nous nous intéressons à présent à ce qui touche à la sophistique. Comme on l'a dit, donc, la sophistique vise à la gloire, et veut avoir l'air sage; en outre, elle s'étudie à y parvenir en obtenant une victoire apparente sur l'adversaire avec lequel elle discute, ce qui se produit, certes, lorsqu'elle le conduit à un inconvénient; c'est pourquoi le terme de la discussion sophistique est un inconvénient auquel le sophiste cherche à conduire son répondeur. Cela, on l'appelle son but, c'est-à-dire, sa fin ou son terme.
Aussi faut-il traiter de deux [points]: en premier, des buts de cette sorte; en second, des maniè-res d'argumenter avec lesquels les sophistes cherchent à conduire leur répondeur à [ces] buts.
#638. — Il y a cinq de ces buts: la réfutation, le faux, l'invraisemblable, le solécisme et le verbiage.
La réfutation est, par la force de l'argumentation produite, la concession d'une chose d'abord niée, ou la négation d'une chose d'abord concédée dans la même discussion. Par exemple, si le ré-pondeur avait nié avoir mangé des viandes crues, on argumentera sophistiquement contre lui de la manière suivante: ‘C'est ce que tu as acheté que tu as mangé; or ce sont des viandes crues que tu as achetées; donc, ce sont des viandes crues tu as mangées.’ Si, par la force d'une argumentation de la sorte, le répondeur concède ce qu'il avait nié auparavant, il se trouve réfuté. On appelle pareille manière d'argumenter une réfutation, si le syllogisme est bon, ou une réfutation apparente, si elle paraît, mais n'est pas de fait, un syllogisme ou une contradiction. La réfutation est, en effet, le syllogisme d'une contradiction.
Si toutefois ce n'est pas dans la même discussion, ou par la force de l'argument, mais de sa propre volonté, que l'on nie ce que l'on a concédé, ou concède ce que l'on a nié, il n'y a pas réfuta-tion.
#639. — Le faux, ensuite, comme on le prend ici, est une fausseté manifeste, ou la concession d'une fausseté manifeste, que le répondeur est forcé à concéder par la force de l'argumentation sophistique, comme, par exemple: ‘Tout chien aboie; telle constellation céleste est chien; donc, telle constellation céleste aboie.’
#640. — L'invraisemblable, c'est ce qui va contre l'opinion commune à tous, ou à la plupart, mais ce n'est pas le faux. Il diffère du faux, du fait que tout faux est invraisemblable, mais que cela ne se convertit pas. Car telle chose va contre l'opinion commune, qui n'est pas du faux mais sera pour-tant invraisemblable, comme qu'une étoile est plus grande que la terre, et qu'un roi riche et heureux soit misérable et malheureux et infortuné. À quoi on peut être conduit de manière sophistique, de la façon suivante: ‘Quiconque à qui il arrive d'être vaincu par un autre est malheureux, car quiconque est vaincu est malheureux; or il arrive à un roi d'être vaincu par son ennemi; donc, il est malheureux.’
#641. — Le solécisme est un vice dans le tissu des parties d'un énoncé construit en contrariété avec les règles de l'art de la grammaire. Par exemple: ‘Un homme blanche’ et ‘Des hommes court’. On peut y être conduit sophistiquement de la manière suivante: ‘Tu connais cela; or cela est_une pierre; donc, tu connais_t_une pierre’, ce qui, d'après la grammaire, ne se dit pas.
#642. — Le verbiage, enfin, est la répétition inutile de la même chose dans la même partie, par exemple: ‘L'homme homme court’. Je dis, d'ailleurs, dans la même partie, parce que si l'on met la même chose dans le sujet et dans l'attribut, il n'y aura pas verbiage, par exemple: ‘Cet homme est un homme.’ Et on dit répétition inutile, parce que si on répète la même chose pour majorer l'ex-pression, il n'y aura pas verbiage, par exemple: ‘Dieu, mon Dieu, regarde-moi!’ On peut y être conduit sophistiquement de la manière suivante: ‘Ce nez est un nez camus; or, le camus, c'est la même chose que le nez camus; donc, ce nez est un nez nez camus.’
#643. — On doit savoir que ces inconvénients regardent différentes sciences. En effet, la réfutation va contre la métaphysique, à laquelle appartient la considération de ce premier principe: les contradictoires ne sont pas vrais ensemble. Le faux, lui, va contre la science naturelle, qui consi-dère les choses sensibles, dans lesquelles la vérité et la fausseté est manifeste; et pareillement contre la mathématique, dans laquelle il y a le plus de certitude. L'invraisemblable, ensuite, va contre la dialectique, qui procède de [propositions] probables, en accord à l'opinion de tous ou de
la plupart ou des sages. Le solécisme va contre la grammaire. Le verbiage va contre la rhétorique, à laquelle il appartient de parler avec élégance. Ainsi, comme le sophiste conduit son répondeur à un inconvénient dans chacune des sciences, il paraît savant sur tout.
Chapitre 4 — Sur les tromperies, leur genre
#644. — Il reste maintenant à voir les modalités des argumentations avec lesquelles le sophiste cherche à conduire son répondeur aux inconvénients dont nous avons parlé.
On doit savoir que, de même que l'argumentation dialectique tient sa fermeté d'un lieu véritable, de même l'argumentation sophistique tient sa fermeté apparente d'un lieu apparent. Or le lieu véritable, qui garantit la fermeté de l'argumentation dialectique, c'est la relation de l'inférant à l'inféré; on l'on appelle maxime, ou différence de la maxime, par exemple: genre, espèce, tout et partie. C'est de leur relation que la vérité de la proposition maxime ressort, et sur cette dernière se fonde la vérité de l'argument dialectique. Par exemple, de la relation de l'espèce au genre, on tire cette maxime: «À quoi s'attribue l'espèce, le genre aussi», en partant de laquelle on forme cet argument: ‘Socrate est homme; donc, Socrate est animal.’
De manière semblable, le lieu sophistique consiste en une relation d'inférant à inféré, à partir de laquelle on tire une proposition fausse, mais en apparence vraie, en accord avec laquelle procède l'argument sophistique, comme lorsque l'on dit: ‘Coriscos s'en vient, et je connais qu'il s'en vient; donc, je connais Coriscos’. Ici, en effet, on procède de l'accident au sujet, à savoir, du fait qu'il vient à Coriscos, sur la force de cette maxime: «Tout ce qui est vrai de l'accident l'est aussi du sujet.» Or cette maxime est fausse, à cause de la différence entre accident et sujet; mais elle paraît vraie, à cause du lien entre l'un et l'autre.
#645. — Ainsi, au lieu sophistique dont nous avons parlé, deux [éléments] concourent. L'un, ce qui est la cause de l'apparence, ce qui fait que l'argument paraît bon; on l'appelle aussi principe moteur, car il meut à ce que l'on adhère à l'argument sophistique. Dans l'argument que nous avons présenté, c'est l'union de l'accident et du sujet. L'autre, c'est le principe du défaut, car il produit un défaut de nécessité dans l'argument; on l'appelle aussi cause de la non-existence, et, dans l'argument que nous avons présenté, c'est la différence entre sujet et accident.
C'est à partir de ces deux [éléments] que l'on peut se tromper: qu'une chose paraît être et qu'elle n'est pas. Aussi le lieu sophistique est-il appelé d'un autre nom, tromperie, car il est quant à soi une cause que l'on se trompe, bien qu'on ne se trompe de fait à cause de lui qu'en cas d'ignorance.
#646. — En outre, de même que les lieux dialectiques se distinguent en regard de différentes rela-tions dont, surtout, la fermeté de l'argument tire sa cause et dont les arguments eux-mêmes sont tirés, de même aussi les lieux sophistiques ou tromperies se distinguent en regard de principes moteurs dont paraît procéder la fermeté dans les arguments sophistiques. Cela peut se faire de deux manières, cependant. D'une manière, à partir de la parole, quand, à cause de l'unité de la parole, on croit qu'il y a unité de la chose signifiée par la parole. Par exemple, ce que l'on signifie par le nom chien paraît être unique, car le nom chien est unique. D'une autre manière, à partir de la chose, du fait que certaines choses qui se ressemblent d'une certaine manière paraissent être unes de manière absolue, comme on l'a dit plus haut du sujet et de son accident.
Chapitre 5 — Sur la tromperie verbale

#647. — Parmi les lieux sophistiques ou les tromperies, donc, il y en a de verbales, et d'autres non verbales. Le lieu sophistique, ou tromperie, est verbal, quand le principe moteur ou la cause de l'apparence tient à la parole; il est non verbal, inversement, quand il tient à la chose.
Le principe moteur ou la cause de l'apparence tient à la parole, par ailleurs, pour autant qu'une parole signifie plusieurs choses, ce qui est rendu possible par la multiplicité inhérente aux paroles. Or cette multiplicité se présente de trois manières, comme actuelle, potentielle et imaginaire.
Elle se présente comme actuelle, quand une parole, sans la changer du tout, signifie plusieurs choses. S'il s'agit d'un seul mot, on parle d'homonymie, par exemple: le nom chien, aux sens de capable d'aboyer, de constellation céleste, et au sens de poisson marin; s'il s'agit d'une phrase, on parle d'amphibolie, par exemple: le livre d'Aristote, c'est-à-dire, fait ou possédé par Aristote.
La multiplicité est potentielle, quand une parole, avec le changement de sa prononciation, signi-fie plusieurs choses différentes. On trouve cela, certes, dans un mot, au regard de son accent; par exemple, pendere, selon qu'on le dit avec un accent grave ou aigu, signifie plusieurs choses. On le trouve aussi dans une phrase, au regard de sa composition et de sa division; par exemple: ‘Deux et trois font cinq’, car cette phrase signifie des choses différentes, dite en composition ou en division.
Il est imaginaire, enfin, c'est-à-dire, multiple en apparence, quand un mot signifie en réalité une seule chose, mais paraît signifier aussi autre chose. Par exemple, le nom homme signifie la qualité et l'essence, mais paraît signifier tel individu, comme il est dit dans les Attributions. On parle alors de l'aspect du mot, comme d'une ressemblance du mot [avec un autre].
Il y a donc six lieux sophistiques verbaux, à savoir, l'homonymie, l'amphibolie, l'accent, la composition, la division, et l'aspect du mot.


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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:32

Chapitre 6 — Sur la tromperie de l'homonymie

#648. — On doit donc parler en premier de l'homonymie.
L'homonymie est la signification différente d'un seul et même nom. La tromperie de l'homony-mie, quant à elle, est une erreur qui provient de ce qu'un nom unique signifie plusieurs choses. Le principe moteur de cette tromperie, ou cause de l'apparence dans l'homonymie, est l'unité d'un mot absolument le même, ce que l'on dit à la différence de l'accent, où il n'y a pas de manière absolue un seul mot, mais seulement en puissance. Tandis que le principe moteur de la non-existence, ou du défaut, est la différence entre les choses signifiées.
#649. — Il y a, par ailleurs, trois espèces ou modalités de l'homonymie.
La première espèce, c'est quand un mot compte plusieurs significations principales. Par exem-ple, le nom chien présente à la fois, comme significations principales, l'animal qui jappe, la bête marine et la constellation céleste. On forme le paralogisme, c'est-à-dire, le syllogisme apparent, de la manière suivante: ‘Tout chien jappe; la constellation céleste est chien; donc, la constellation céleste jappe.’ Mais cela ne suit pas, car le nom chien signifie autre chose dans la première [pré-misse] et autre chose dans la seconde, pour autant que l'une et l'autre est prise [en ce qu'elle est] vraie. Ainsi, il n'y a pas de véritable syllogisme, puisque le moyen terme ne reste pas le même. Par contre, si on le prend pour autant qu'il signifie la même chose dans l'une et l'autre, alors l'une des prémisses est fausse.
De même qu'il faut, dans un syllogisme, prendre le même moyen deux fois dans les prémisses, il faut, de même, prendre deux fois les deux extrêmes dans le syllogisme, à savoir, une fois dans les prémisses, et une fois dans la conclusion. Aussi, pour la même raison, on peut produire un paralogisme, s'il y a homonymie quant à l'un des extrêmes. Par exemple: ‘Les grammairiens ap-prennent; et les grammairiens sont gens qui savent; donc, ce sont ceux qui savent qui apprennent.’ C'est qu'apprendre est homonyme. Car, en un sens, apprendre est la chose même que l'on com-prend par enseigner; et en cela, ce sont ceux qui savent qui apprennent. En l'autre sens, c'est la même chose que de recevoir la science d'un autre; et en cela, ce ne sont pas ceux qui savent qui apprennent.
#650. — La seconde espèce, c'est quand un nom compte une seule signification principale, mais en présente une autre par métaphore ou métalepse. Par exemple, le verbe rire signifie principalement un acte propre à l'homme; mais, par métaphore ou métalepse, il signifie, pour le pré, le fait de fleurir. On forme le paralogisme de la manière suivante: ‘Tout ce qui est riant a une bouche; le pré est riant; donc, le pré a une bouche.’ Ou de la manière suivante: ‘Tout ce qui court a des pieds; le Tibre court; donc, le Tibre a des pieds.’ Cela ne suit pas, car est riant et court sont d'abord pris proprement, et ensuite par métalepse.
C'est à cette espèce que se réduit la multiplicité des noms analogiques que l'on attribue à plu-sieurs choses selon un ordre. Par exemple, sain se dit selon le cas de l'animal, de l'urine et de la diète. On forme aussi le paralogisme de la manière suivante: ‘Tout ce qui est sain est un vivant; l'urine est saine; donc, l'urine est un vivant.’ Mais cela ne suit pas, car sain est pris en premier pour sa signification principale, à savoir, d'avoir la santé, et en second pour sa signification seconde, à savoir, pour ce qui est signe de la santé.
C'est aussi à cette espèce que se réduit la multiplicité des prépositions, car la préposition a une relation en premier, et une autre par après. On forme aussi le paralogisme de la manière suivante: ‘Tout ce en quoi il y a santé est un animal; or la réside santé en l'adéquation des humeurs; donc, l'adéquation des humeurs est un animal’. Cela ne suit pas, car la préposition en désigne d'abord la relation de l'accident à son sujet, et en second la relation de l'effet à sa cause.
#651. — La troisième espèce, c'est celle qui provient d'une consignification différente, laquelle, bien sûr, s'attend quant à des accidents des parties de la phrase, par exemple, d'après le temps, le
nombre, le genre, la personne et autres semblables. On forme aussi le paralogisme de la manière suivante: ‘Quiconque s'est levé se tient debout; or telle personne assise s'est levée; donc, telle personne assise se tient debout.’ Cela ne suit pas, car, dans la proposition mineure, on a pris per-sonne assise comme appartenant au temps passé imparfait et, dans la conclusion, comme apparte-nant au temps présent. — Pareillement: ‘Quiconque a guéri est en santé; tel malade a guéri; donc, tel malade est en santé.’ La mineure et la conclusion sont doubles, car l'adjectif malade signifie au temps présent et au passé imparfait; aussi signifie-t-il celui qui était malade auparavant et celui qui est malade maintenant; c'est pourquoi, si on le tient pour malade [maintenant], la mineure est fausse, parce qu'il serait en même temps en santé et malade, ce qui est faux. Tandis que si on le tient pour malade auparavant, elle est vraie, car il peut avoir été malade auparavant, et être maintenant en santé. Et inversement pour la conclusion.
Chapitre 7 — Sur l'amphibolie

#652. — On continue en voyant l'amphibolie.
Comme l'homonymie provient de ce que le mot, tout en restant le même, a plusieurs significa-tions, de même l'amphibolie [provient] de ce qu'une locution, tout en restant la même, a plusieurs significations. Aussi, on dit amphibologie d'amphi, qui signifie doute, et de bole, qui signifie sens, et de logos, qui signifie locution, au sens de sens douteux d'une locution. La tromperie par amphibolie, quant à elle, est une erreur qui provient de ce qu'une phrase, tout en restant la même, a plusieurs significations; et je dis tout en restant la même pour marquer la différence avec la phrase qui a plusieurs significations selon qu'on la compose et la divise. La cause de l'apparence, ou principe moteur de l'amphibolie, est l'unité de la phrase qui a plusieurs significations, tandis que la cause de la non-existence, ou principe du défaut, est la diversité de signification.
#653. — Il y a, par ailleurs, trois espèces d'amphibolie.
La première espèce provient de ce qu'une phrase, avec une construction qui demeure la même, a plusieurs significations principales, à cause d'une relation différente entre les éléments de sa construction. Par exemple, la locution livre d'Aristote a plusieurs significations, [même] si les deux mots sont toujours construits de la même manière; seulement, à cause d'une relation différente, ils ont des significations différentes. On peut les comprendre selon une relation d'effet à cause, ou de possédé à possédant, et on forme le paralogisme de la manière suivante: ‘Tout ce qui est d'Aristote est possédé par Aristote; tel livre est d'Aristote; donc, il est possédé par Aristote.’ Cela ne suit pas, car on construisait en premier un nom avec son complément dans la relation de pos-session à possédant, et [on les construit] en second dans la relation d'effet à cause.
#654. — La seconde espèce provient de ce qu'une phrase a plusieurs significations à cause d'une ordonnance différente des parties, du fait qu'un mot peut se construire avec un autre à titre d'objet ou autrement, comme ici: ‘Ce à quoi il est possible de voir a la vue; or il est possible, pour un sculpteur, de voir à telle colonne; donc, cette colonne a la vue’. Cela ne suit pas, car le mot quoi se construit avec le verbe voir à titre de sujet, et de cette façon, [la phrase] est vraie, et son sens est: ‘Celui qui peut voir a la vue.’ Mais on peut, d'une autre manière, construire [ce mot] à titre d'objet indirect, et alors [la phrase] est fausse, et son sens est: ‘Ce à quoi on peut voir a la vue’. C'est de cette façon que procède la conclusion. — Pareillement: ‘Ceux que l'on veut faire vaincre, on veut qu'ils soient vaincus; or tu veux faire vaincre ton pays; donc, tu veux que ton pays soit vaincu.’ Cela ne suit pas, car ceux que peut se construire avec le verbe vaincre à titre d'objet ou de sujet; en un sens, [la phrase] est vraie, et en l'autre, fausse. — Pareillement: ‘L'argent à Pierre ne m'appartient pas et je ne peux prêter ce qui ne m'appartient pas; donc, je ne peux prêter de l'argent à Pierre.’ Cela ne suit pas: la conclusion est double, du fait que Pierre peut se construire à titre d'‘objet indirect’, et alors elle est fausse; ou il peut se construire à titre de ‘complément de nom’, et alors elle est vraie.
On doit s'attendre à ce que la différence de cas relève de l'amphibolie, car les cas arrivent au mot selon qu'on le construit avec un autre mot; tandis que la différence des autres accidents relève de l'homonymie, car les autres accidents arrivent au mot selon qu'on le considère en lui-même.
#655. — La troisième espèce, c'est quand une phrase a une seule signification principale, mais une autre par métaphore ou par métalepse, comme cette phrase: «Écrire sur le sable» a comme signification principale le tracé de lettres sur le sol, mais, par métalepse, la perte de son travail. On forme le paralogisme de la manière suivante: ‘Chaque fois que l'on écrit sur le sable, on trace des lettres sur le sol; or quand on enseigne à un indocile, on écrit sur le sable; donc, quand on enseigne à un indocile, on trace des lettres sur la sol.’ Cela ne suit pas, à cause de la multiplicité dont nous avons parlé.
Chapitre 8 — Sur la tromperie de la composition et de la division

#656. — On continue avec la tromperie de la composition et de la division où, comme on l'a dit plus haut, l'erreur provient de la multiplicité potentielle d'une phrase.
On parle d'une phrase potentiellement multiple du fait que les mêmes mots peuvent se composer entre eux ou se distinguer entre eux de façon différente, comme lorsqu'on dit: ‘Ce qui vit toujours est.’ Le mot toujours peut se composer avec le verbe vit ou s'en séparer. Comme la phrase se constitue par la composition de parties, que ces parties sont pour la phrase sa matière, et leur composition sa forme, là donc où on a les mêmes parties, mais non la même composition, on a la même phrase potentiellement et matériellement multiple, mais non formellement et en acte. On a une multiplicité potentielle, du fait qu'une phrase qui est une formellement, a potentiellement plusieurs significations.
C'est en cela que ces tromperies diffèrent de l'amphibolie, car, dans l'amphibolie, le même mot est toujours composé avec le même mot, bien que non uniformément; aussi est-ce la même compo-sition et, par conséquent, la même phrase, une formellement et en acte, entraîne un multiple en acte; ici, par ailleurs, il n'y a pas unité en acte et formelle, mais seulement potentielle, car un mot se compose avec différents autres.
#657. — Mais il y a une différence entre ces deux tromperies, à savoir, de composition et de divi-sion. En effet, quand la phrase est fausse en son sens composé, alors, c'est la tromperie par composition; et quand elle est fausse en son sens divisé, alors, c'est la tromperie par division. À noter que la phrase est composée quand les parties en sont plus ordonnées qu'il n'est dû; et elle est divisée quand les parties en sont moins ordonnées. Ainsi, la cause de l'apparence, ou principe mo-teur, c'est l'unité potentielle de la phrase qui a plusieurs significations, tandis que la cause de la non-existence, ou principe du défaut, c'est la différence de signification selon qu'on l'entend com-posée ou divisée.
#658. — Il y a trois modalités ou trois espèces de l'une et l'autre tromperie.
La première modalité, c'est quand un dire peut supposer pour un verbe soit en raison de son tout soit en raison de sa partie: si c'est en raison de son tout qu'il suppose, on aura une phrase composée; si c'est en raison de sa partie, on aura une phrase divisée; et alors, si, sous le sens composé, l'expression est fausse, on a la tromperie de composition, tandis que si c'est en son sens divisé qu'elle est fausse, on aura la tromperie de division; mais si c'est en l'un et l'autre [sens] qu'elle est fausse ou vraie, alors, on n'a aucune tromperie, ce que l'on doit aussi comprendre pour les autres [cas de sens] multiples.
On forme le paralogisme comme suit: ‘Ce pour quoi être blanc est possible, il est possible qu'il soit blanc; or, pour le noir être blanc est possible; donc, il est possible que le noir soit blanc.’ Cela ne vaut pas, car ce dire, le noir être blanc, peut supposer pour ce que l'on dit possible soit en raison de son sujet, et alors la possibilité est attribuée au sujet du dire et on a une modale de la chose, et alors elle est divisée et vraie; le sens en est, en effet, que celui qui est noir a la puissance d'être blanc; ou il peut supposer en raison de tout le dire, et ainsi on a une modale du dire, et elle est composée et fausse, et le sens en est que ce dire, le noir être blanc, est possible; aussi est-ce une tromperie de composition.
On peut encore former le paralogisme comme suit: ‘Ce pour quoi être noir est impossible, cela ne peut être noir; or, pour le blanc être noir est impossible; donc, le blanc ne peut être noir.’ Cela ne vaut pas, car la mineure est double, comme on l'a dit plus haut: en son sens composé, elle est vraie, et en son sens divisée, elle est fausse; aussi y a-t-il tromperie de division.
#659. — La seconde modalité provient de ce que parfois un attribut dans lequel plusieurs choses sont réunies par une conjonction copulative ou disjonctive peut s'attribuer au sujet conjointement ou séparément. Si c'est conjointement, on a une expression composée; si c'est séparément, on a une expression divisée; et alors, si c'est en son sens composé que la phrase est fausse, on a une tromperie de composition; et si c'est en son sens divisé qu'elle est fausse, on a une tromperie de division, comme il appert dans ces paralogismes: ‘Tout nombre composé de deux et trois est deux et trois; or cinq ne sont pas deux et trois; donc, cinq n'est pas composé de deux et trois.’ Cela ne suit pas: la moyenne, ou mineure, est double, en effet, du fait que cet attribut, deux et trois, peut se comprendre et se nier du sujet séparément, et ainsi elle est vraie: le sens en est, en effet, que cinq n'est ni deux ni trois. Ou il peut se nier du sujet conjointement, et alors elle est fausse: son sens est, en effet, que deux et trois, joints ensemble, ne sont pas cinq. C'est en ce sens que procède la conclusion; aussi a-t-on une tromperie de composition.
On peut encore former ainsi le paralogisme: ‘Ce qui est deux et trois est deux; or cinq est deux et trois; donc, cinq est deux.’ Pareillement, la mineure est double car, en son sens composé, elle est vraie, et en son sens divisé, elle est fausse; aussi a-t-on une tromperie de division.


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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:33

#660. — Il en va de même si c'est dans l'attribut que l'on met la conjonction disjonctive, comme suit: ‘Tout animal est rationnel ou irrationnel; or tout animal n'est pas rationnel; donc, tout animal est irrationnel.’ Cela ne vaut pas, car la première [proposition] est double, du fait que l'attribut peut s'attribuer conjointement au sujet, et ainsi [la proposition] est composée et vraie: le sens en est, en effet, que de n'importe quel animal il est vrai de dire qu'il est rationnel ou irrationnel. Ou il peut s'attribuer séparément, et ainsi [la proposition] est fausse: le sens en est, en effet, que l'une seulement [des disjonctions] est vraie. Tout animal est rationnel, ou tout animal est irrationnel, alors que cependant l'une et l'autre est fausse; aussi a-t-on une tromperie de division.
On peut encore former le syllogisme comme suit: ‘Ce qui n'est pas rationnel ou irrationnel n'est ni rationnel ni irrationnel; or tout animal n'est pas rationnel ou irrationnel; donc, il y a quelque animal qui n'est ni rationnel ni irrationnel.’ Cela ne suit pas: en effet, la mineure est vraie en son sens divisé, [mais] fausse en son sens composé; aussi a-t-on une tromperie de composition.
#661. — On doit savoir, par ailleurs, que, lorsque l'attribut se compare au sujet conjointement, alors la conjonction unit les termes; on lui donne alors la valeur d'une seule proposition, car les deux termes, pris conjointement, se prennent comme un attribut unique, et comme ils s'attribuent ensemble au sujet, le sujet sera unique lui aussi; or d'un seul sujet et d'un seul attribut, on fait un seul énoncé. Mais quand les termes mis dans l'attribut s'attribuent séparément à un sujet copulé ou divisé, alors ils se prennent comme deux attributs, et par conséquent comme deux sujets qui leur répondent, et ainsi on entend comme deux énoncés par la conjonction copulative ou disjonctive.
#662. — La troisième modalité, c'est quand un mot peut s'unir à différents mots présents dans la locution. On aura alors pour cela une phrase composée, quand on l'unit avec le mot avec lequel il semble le plus ou est le plus de nature à être uni; mais [une phrase] divisée, quand on le disjoint de celui-ci. Comme il appert dans ce paralogisme: ‘Qui peut seulement en lever un peut en lever plusieurs; or qui peut seulement en lever un peut n'en lever qu'un seulement; donc, qui peut n'en le-ver qu'un seulement peut en lever plusieurs.’ Cela ne vaut pas: en effet, la première [proposition] est double, du fait que le mot seulement peut s'unir avec le mot peut, avec lequel il semble le plus être uni, et ainsi [la proposition] est composée et fausse: le sens en est, en effet, que celui qui ne peut lever qu'un poids seulement peut en lever plusieurs. Ou il peut se séparer du verbe peut et s'unir avec le mot lever, et ainsi [la proposition] est divisée et vraie: le sens en est, en effet, que celui qui peut à un moment lever seulement un poids, peut à des moments différents en lever plusieurs; aussi a-t-on une tromperie de composition. — En outre: ‘Ce qui vit toujours est; cet âne vit; donc, il est toujours.’ Cela ne suit pas: en effet, la première [proposition] est double, du fait que l'adverbe toujours peut se composer avec le verbe est, avec lequel il paraît le plus se composer, et alors [la proposition] est composée et fausse. Ou se séparer de lui, et se composer avec le verbe vit, et alors [la proposition] est divisée et vraie; aussi a-t-on une tromperie de com-position.
#663. — Inversement, on a une tromperie de division, comme il appert dans ces paralogismes: ‘Ce avec quoi tu le vois frappé, c'est avec cela qu'il est frappé; or c'est avec ton oeil que tu le vois frappé; donc, c'est avec ton oeil qu'il est frappé.’ Cela ne vaut pas: car la mineure est double, du fait que le complément avec ton oeil peut se composer avec le verbe vois, avec lequel il paraît le plus se composer, et ainsi [la proposition] est composée et vraie; ou s'en diviser, et se composer avec le participe frappé, et alors [la proposition] est à la fois divisée et fausse; aussi a-t-on une tromperie de division. — En outre: ‘Quiconque est né aujourd'hui a commencé aujourd'hui à être; or tu es né aujourd'hui, car il est manifeste qu'aujourd'hui tu es, et que tu es né; donc, tu as commencé aujourd'hui à être.’ Cela ne vaut pas: car la mineure est double, du fait que l'adverbe aujourd'hui peut se composer avec le verbe es, et alors [la proposition] est composée et vraie; ou avec le participe né, et alors elle est divisée et fausse.
#664. — On doit noter aussi que les compléments et les adverbes paraissent davantage déterminer le verbe que le participe, et davantage le verbe principal que le secondaire, qui est impliqué dans le sujet. Car lorsqu'on dit ‘quiconque court se meut’, se meut est le verbe principal, et court le [verbe] secondaire impliqué dans le sujet.
Chapitre 9 — Sur la tromperie de l'accent

#665. — On continue avec la tromperie de l'accent.
L'accent, comme on le prend ici, c'est la manière de prononcer un mot. La tromperie de l'accent, ainsi, c'est l'erreur qui provient de ce qu'un mot, avec une prononciation différente, présente des significations différentes. De même, en effet, que la tromperie par composition et division est la même phrase matériellement, mais avec une forme différente, de même ici on a le même mot matériellement, mais avec une prononciation différente. C'est pourquoi, comme on a là une multiplicité potentielle de la phrase, on a de même ici une multiplicité potentielle du mot. La cause de l'apparence de cette tromperie est l'unité matérielle du mot; la cause de non-existence est la différence de signification du mot prononcé de manière différente.
#666. — Or il y a quatre modalités de cette tromperie, pour autant qu'on peut opérer quatre distinctions dans la manière de prononcer un mot. En premier, en effet, on distingue avec diffé-rents sons ou accents, au nombre de trois: les accents grave, aigu et circonflexe. L'accent ou son aigu, c'est celui qui aiguise ou élève la syllabe, comme il appert pour la syllabe du milieu, quand on dit Martinus, où la syllabe du milieu est aiguisée ou élevée. L'accent grave, c'est celui qui abaisse et dépose la syllabe, comme il appert dans celle du milieu du mot domìnus, et dans la der-nière syllabe du mot Lucàs. Le circonflexe, quant à lui, c'est l'accent qui aiguise la syllabe et en-suite l'abaisse, comme Rôma.
#667. — La première modalité de cette tromperie, donc, c'est celle qui provient de ce qu'un mot peut se prononcer avec accent grave ou aigu ou circonflexe. Aigu, comme il appert dans ce paralo-gisme: ‘Ceux à qui il est juste de pendere, il est juste qu'ils soient punis; or il est juste, pour des hommes bons, de pendere ; donc, il est juste que des hommes bons soient punis.’ Cela ne suit pas: car dans la première [proposition], pendére se prend avec accent aigu, tandis que dans la seconde, avec un grave, et c'est la même chose, alors, péndère, que de donner une punition.
#668. — On distingue d'une deuxième façon la manière de prononcer l'accent d'après des temps différents, au nombre de deux, à savoir, l'allongement en une syllabe longue, et l'abbréviation en une syllabe brève. La seconde [modalité] provient alors de ce qu'une syllabe d'un mot peut s'abré-ger ou s'allonger, comme il appert dans ce paralogisme: ‘Tout populus est un arbre; or une nation est un populus ; donc, une nation est un arbre.’ Cela ne vaut pas: car le mot populus signifie autre chose selon que sa première syllabe est allongée, car il signifie alors un arbre; et autre chose selon qu'elle est abrégée, car alors il signifie une nation.
#669. — On distingue d'une troisième façon la manière de prononcer un mot d'après la différence d'esprit, lequel se différencie en rude et doux. L'esprit rude se désigne avec la lettre h, et l'esprit doux, c'est quand la syllabe est proférée sans aspiration. La troisième modalité de cette tromperie provient de ce que la syllabe peut se proférer doucement ou rudement, comme il appert dans ce paralogisme: ‘Tout ce qui hamatur se prend à l'hameçon; or le vin amatur ; donc, le vin se prend [à l'hameçon]’. Cela ne vaut pas, car, en premier, hamatur se profère avec [esprit] rude, et par la suite, avec esprit doux. — Pareillement: ‘Tout ara est dans un temple; l'étable des porcs est un hara ; donc, l'étable des porcs est dans un temple’. Cela ne suit pas, car le nom ara se profère d'abord avec esprit doux, ensuite avec esprit rude.
#670. — La quatrième modalité provient de ce que l'on peut proférer comme un seul mot ou plusieurs, comme ici: ‘Tu es qui es ; or quies , c'est la même chose que tu te reposes; donc, tu es tu te reposes’. Cela ne suit pas, car le mot qui es se prend d'abord comme énoncé, ensuite comme mot unique. — Pareillement: ‘Tout ce que Dieu a fait invite, il l'a fait malgré lui; or il a fait des grappes in vite ; donc, il a fait les grappes malgré lui’. Cela ne suit pas, car en premier, le mot invite se prend comme un seul mot, ensuite comme plusieurs.
Il appert donc de ce que l'on a dit que l'accent, entendu comme il dénomme cette tromperie, est plus commun que l'accent qui se divise en grave et aigu et circonflexe, car il comprend sous lui à la fois cet accent, et les trois autres [modalités], comme on l'a dit.
Chapitre 10 — Sur la tromperie de l'aspect du mot

#671. — On continue avec la tromperie de l'aspect du mot.
L'aspect du mot, comme on le prend ici, c'est la ressemblance d'un mot avec un autre, comme on dit qu'une chose revêt l'aspect d'une autre qui lui ressemble. Aussi, la tromperie de l'aspect du mot est l'erreur qui provient de ce qu'un mot semblable à un autre mot paraît avoir le même mode de signifier, alors que cependant il ne l'a pas. Par exemple, le mot homme paraît signifier un indi-vidu, à cause de la ressemblance qu'il a avec les noms qui signifient des substances particulières; et ainsi, dans cette tromperie, il n'y a pas multiplicité véritable, mais imaginaire, car un mot ne signifie pas plusieurs choses en vérité, mais a un seul mode de signifier, et paraît en avoir un autre. La cause de l'apparence est la ressemblance d'un mot avec un autre mot, tandis que la cause de la non-existence est le mode différent de signifier.
#672. — Or il y a trois modalités de cette tromperie. La première modalité provient de ce qu'un mot qui signifie le masculin se prend comme s'il signifiait le féminin ou le neutre, ou inversement, comme il appert dans ce paralogisme: ‘Toute substance de couleur blanche est blanche; or papa est de couleur blanche; donc, papa est blanche.’ Cela ne suit pas, car, comme papa est le nom d'un homme, il ne signifie pas une femme, même s'il le paraît, à cause de la ressemblance qu'il a avec des noms féminins. Aussi ne doit-on pas le prendre sous le genre féminin. — Ou encore: ‘Toute substance de couleur blanche est blanche; or l'homme est une substance de couleur blanche; donc, l'homme est blanche.’ Cela ne suit pas, car le masculin est changé en féminin.
#673. — La seconde modalité provient de ce qu'un mot qui signifie selon le mode d'une attribution peut sembler signifier par le mode d'une autre. Par exemple, ici: ‘C'est ce que tu as vu hier que tu vois aujourd'hui; or c'est une chose blanche que tu as vue hier; donc, c'est une chose blanche que tu vois aujourd'hui.’ Cela ne vaut pas, car on passe de la substance à la qualité. — Ou: ‘C'est tout ce que tu as acheté que tu as mangé; or c'est de la viande crue que tu as acheté; donc, c'est de la viande crue que tu as mangé.’ Cela ne suit pas: car on passe de la quantité à la qualité. — Ou ainsi: ‘Tu as aujourd'hui autant de doigts que tu en avais jadis; or ce sont de petits doigts que tu avais jadis; donc, ce sont de petits doigts que tu as maintenant.’ Cela ne suit pas, car on passe de la quantité discrète à la quantité continue.
On doit noter aussi que le passage d'une attribution à l'autre ne fait pas la tromperie de l'aspect du mot quant à la chose signifiée, mais quant au mode de signifier. Blancheur, en effet, signifie une qualité, mais la signifie par mode de substance, car il ne la signifie pas comme inhérente; tan-dis que blanc, par ailleurs, la signifie par mode de qualité, car il la signifie comme inhérente. Aussi ceci n'est pas une tromperie d'aspect de mot: ‘C'est ce que tu as vu hier que tu vois aujourd'hui; or c'est une blancheur que tu as vue hier; donc, c'est une blancheur que tu vois aujourd'hui.’
#674. — La troisième modalité provient de ce qu'un mot qui signifie la qualité essentielle paraît signifier l'individu, et cela arrive quand on passe de la qualité essentielle à l'individu. Pour ce qui touche à la troisième modalité, on dit signifier la qualité essentielle ce qui signifie la nature com-mune du genre ou de l'espèce, tandis que signifie l'individu ce qui signifie la substance particulière.
Par contre, si on prend la qualité essentielle selon qu'elle appartient au genre de la qualité, alors passer de la qualité essentielle à l'individu appartient à la seconde modalité, comme ‘Le blanc court; Socrate est blanc; donc, Socrate court.’ C'est plutôt ainsi qu'on forme le paralogisme: ‘Socrate est autre chose qu'homme; et il est homme; donc, il est autre chose que lui-même.’ Cela ne suit pas: car on passe de l'homme à Socrate, et ainsi on passe de la qualité essentielle à l'indivi-du. C'est à cette modalité que l'on réduit toute erreur qui provient d'un changement de supposition des termes. Aussi, lorsque l'on dit: ‘L'homme est espèce; Socrate est homme; donc, Socrate est es-pèce.’ On passe de la supposition simple à la discrète, quand on passe de la qualité essentielle à l'individu.


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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:34

Chapitre 11 — Sur les tromperies non verbales

#675. — On continue avec les tromperies non verbales, qui diffèrent des tromperies verbales en ceci que, comme il a été dit plus haut, dans les tromperies verbales, le principe moteur, ou cause de l'apparence, est issu de la parole, tandis que, dans les tromperies non verbales, il est issu de la chose. De même, en effet, que, dans les tromperies verbales, l'erreur provient de ce qu'un nom qui a plusieurs significations est pris comme s'il n'en avait qu'une, de même, dans les tromperies non verbales, l'erreur provient de ce que des choses qui sont semblables ou différentes d'une certaine manière sont prises comme identiques ou différentes absolument.
#676. — Il y a sept tromperies non verbales. La première en est par l'accident, la seconde, d'une manière et absolument, la troisième, par l'ignorance de la réfutation, la quatrième, par la de-mande du principe, la cinquième, par le conséquent, la sixième, par la non-cause prise comme cause, la septième, par l'interrogation multiple prise comme unique.
Par ailleurs, ces tromperies se prennent par le biais de certaines conditions générales des êtres. Car de l'être, l'un est par soi, et l'autre, par accident; et d'après cela se prend la tromperie de l'accident. De plus, d'après le parfait et l'imparfait, on prend la tromperie d'une manière et abso-lument. D'après l'opposé et le non-opposé, il y a la tromperie par l'ignorance de la réfutation. D'après, enfin, le même et l'autre, il y a la tromperie de la demande du principe. D'après l'antérieur et le postérieur, il y a ensuite la tromperie du conséquent. D'après la cause et le causé, il y a la tromperie par la non-cause prise comme cause. Enfin, d'après l'un et le multiple, il y a la tromperie par l'interrogation multiple prise comme unique.
Chapitre 12 — Sur la tromperie de l'accident
#677. — On doit d'abord parler de la tromperie de l'accident.
Là, on doit savoir qu'accident, à cette occasion, se prend en distinction avec par soi. Or on dit que quelque chose appartient par soi à autre chose, parce que cela lui appartient à raison de sa définition propre; en dehors de cela, tout ce qui appartient à autre chose, on dit que cela lui appar-tient par accident; par suite, pour ce qui est d'appartenir par soi ou par accident, on peut entretenir trois relations.
Il y a des choses, en effet, qui sont de toute manière les mêmes à raison de leur substance, com-me le vêtement et l'habit. Entre elles, toute [attribution] se fait par soi, et aucune par accident.
Il y en a d'autres dont l'une est tout à fait extérieure à la notion de l'autre, comme blanc et homme; entre elles, toute [attribution] se fait par accident, et aucune par soi.
Il y en a d'autres, enfin, dont l'une appartient en quelque sorte à la notion de l'autre, bien qu'elles ne soient pas tout à fait identiques dans leur définition, comme il en va du supérieur et de l'inférieur. Car le supérieur entre dans la définition de l'inférieur, bien que, toutefois, la définition de l'inférieur et du supérieur ne soit pas tout à fait la même, comme celle de l'animal et celle de l'homme, puisque la définition de l'inférieur ajoute à la définition du supérieur. C'est pareil pour le propre et l'espèce; en effet, l'espèce entre dans la définition du propre, bien que, toutefois, l'espèce et le propre ne sont pas tout à fait identiques en définition. Entre elles, l'[attribution] se fait tantôt par soi et tantôt par accident, dans la mesure où leur définition coïncide en partie et en partie diffère.
#678. — Entre celles, donc, qui entretiennent la première relation, tout ce qui est vrai de l'une est nécessairement vrai de l'autre aussi, du fait que de pareilles choses sont tout à fait les mêmes en réalité et diffèrent de nom seulement; aussi, entre elles, il ne se peut pas qu'intervienne la trom-perie de l'accident. Mais pour toutes les autres, tout ce qui est vrai de l'une n'est pas nécessairement vrai de l'autre aussi. C'est pourquoi si, de ce que quelque chose est vrai de l'une, on conclut que c'est vrai de l'autre, on a la tromperie de l'accident.
#679. — Il peut arriver, néanmoins, que, ce qui est vrai de l'une, on conclue que c'est vrai de l'autre, à savoir, quand quelque chose est attribué à l'une en ce qu'elle est la même que l'autre; alors, en effet, ce qui appartient à l'une appartiendra aussi à l'autre. Mais si c'est attribué à l'une en ce qu'elle est distincte de l'autre, cela n'appartiendra pas à l'autre; et si c'est comme non distincte de l'autre, cela appartiendra aussi à l'autre. Par exemple, si le blanc est attribué à l'animal en ce qu'il est la même chose que l'homme, il doit convenir à l'homme; mais s'il [est attribué] à l'animal en ce qu'il est distinct de l'homme, il ne conviendra pas nécessairement à l'homme, et si on conclut qu'il [lui] appartienne, on aura la tromperie de l'accident, comme si on dit: ‘L'animal est quadrupède; l'homme est un animal; donc, l'homme est quadrupède.’ Le quadrupède, en effet, n'est pas attribué à l'animal en ce que l'animal est homme, mais en ce qu'il diffère de l'homme. Aussi appert-il que, dans l'argument cité, le moyen est pris de manière multiple: car, en premier, il était pris en ce qu'il différait de l'homme, mais, en second, en ce qu'il est la même chose que l'homme. C'est pourquoi, quand il y a tromperie de l'accident, il y a toujours une acception différente du moyen. Je dis, par ailleurs, qu'il y a acception différente du moyen, quand le moyen, en cela même qu'il coïncide avec l'un des extrêmes, diffère de l'autre.
#680. — La tromperie de l'accident est une erreur qui provient de ce que quelque chose est signifié semblable à l'une et l'autre de choses qui sont en quelque sorte unes par accident. Il en appert que, dans la tromperie de l'accident, on trouve toujours trois termes, comme dans un syllogisme. Parmi eux, deux sont associés par accident de quelque manière, et ils se rapportent l'un à l'autre comme le moyen et l'extrême mineur; et le troisième, assigné appartenir à l'un et à l'autre, tient lieu d'extrême majeur. La cause de l'apparence, dans cette tromperie, c'est une certaine unité et identité de ces choses associées de quelque manière par accident, tandis que la cause de la non-existence est leur différence. En effet, comme le dit le Philosophe, au premier [livre] des Réfutations sophistiques (7, 169b3-6), la tromperie de l'accident survient du fait que l'on ne peut juger du même et du différent, de l'un et du multiple.
#681. — Il y a, par ailleurs, trois modalités de cette tromperie.
La première modalité provient de ce que l'on procède de l'accident au sujet, ou inversement, comme suit: ‘Je connais Coriscos; Coriscos s'en vient; donc, je connais qu'il s'en vient.’ Cela ne suit pas, parce que Coriscos et qu'il s'en vienne sont uns par accident et non par soi. Aussi, il ne s'ensuit pas que tout ce qui est vrai de l'un soit vrai de l'autre. Cela fait défaut, en effet, quand quelque chose est vrai de l'un selon qu'il diverge de l'autre, comme ici: ‘Je connais Coriscos. Coriscos, en effet, ne tombe pas sous la connaissance selon son identité avec le fait de s'en venir. Aussi appert-il qu'il y a diversification du moyen, et, par suite, il y a tromperie de l'accident.
Pareillement, comme suit: ‘Ce chien est le tien; et il est père; donc, ce père est le tien.’ Le chien, en effet, et le père sont uns par accident. Aussi, il ne s'ensuit pas que tout ce qui est vrai de l'un soit vrai de l'autre. Ce n'est pas, en effet, en tant qu'il est père, qu'il convient au chien d'être le tien.
#682. — La seconde modalité, c'est quand ce qui convient au supérieur est conclu de l'inférieur, ou inversement, comme suit: ‘L'homme est animal; et l'animal est genre; donc, l'homme est genre.’ Cela ne suit pas: car le supérieur et l'inférieur sont d'une certaine manière uns par accident, bien que d'une autre manière ils soient uns par soi.
Aussi, de ce qui a été dit, il appert que si la même chose se vérifie de l'un d'eux selon qu'il est identique à l'autre, nécessairement, il a à se vérifier de l'autre. C'est d'après cela que l'on tire les arguments dialectiques du genre et de l'espèce, ou du supérieur et de l'inférieur. Mais ce qui se vérifie de l'un d'eux selon qu'il diffère de l'autre n'a pas à se vérifier de l'autre. Alors, il y a différence de moyen et tromperie de l'accident, comme on le trouve dans l'[argument] proposé. En effet, être genre ne s'attribue pas à l'animal selon qu'il est identique à l'homme, mais selon qu'il en diverge comme le supérieur de l'inférieur.
Il en va pareillement comme suit: ‘Le triangle est une figure; or la propriété du triangle est d'avoir trois angles; donc, c'est la propriété de la figure.’ Cela ne suit pas, parce que le triangle et la figure ne sont pas la même chose de toutes les façons. Aussi, ce qui se vérifie de l'un n'a pas à se vérifier de l'autre. Il en va pareillement comme suit: ‘Socrate est autre chose que l'homme; mais il est homme; donc, il est autre chose que lui-même.’
#683. — La troisième modalité survient quand on procède de l'espèce au propre, ou inversement, comme suit: ‘L'homme est risible; or le risible est un propre; donc, l'homme est un propre.’ Ou comme suit: ‘L'homme est une espèce; or le risible est homme; donc, le risible est une espèce.’ Cela ne suit pas, parce que le risible et l'homme ne sont pas tout à fait identiques par définition, et c'est pourquoi l'un se rapporte de quelque manière à l'autre par accident tout en lui demeurant étranger, et à cause de cela, tout ce qui se vérifie de l'un ne se vérifie pas nécessairement de l'autre.
#684. — De plus, l'on doit savoir que cela ne comporte pas d'inconvénient si, à certains des paralogismes précités, deux tromperies sont assignées, à savoir, [celles] de l'aspect du mot et de l'accident, car, en tant que l'erreur provient d'une ressemblance entre mots, elle constitue une tromperie de l'aspect du mot; et selon qu'elle provient d'une ressemblance entre choses, elle cons-titue une tromperie de l'accident. En effet, l'homme et Socrate coïncident quant à la chose, et comportent une ressemblance quant à leur nom.
#685. — On doit savoir aussi que, de la manière dont le paralogisme de l'accident se fait à partir de propositions attributives, il se fait aussi à partir de [propositions] conditionnelles, du fait de prendre le moyen sous des manières différentes. C'est qu'il diffère, comparé à un extrême, de [ce qu'il est, comparé à] l'autre, comme suit: ‘Si ce n'est aucun temps, ce n'est pas le jour, par le lieu du tout de quantité; et si ce n'est pas le jour, c'est la nuit, par le lieu des opposés; donc, si ce n'est aucun temps, c'est la nuit; mais si c'est la nuit, c'est un temps; donc, si ce n'est aucun temps, c'est un temps.’
Il appert donc que ce moyen, qui est: ‘ce n'est pas le jour’, est différent du fait que ‘c'est la nuit’, puisqu'il suit du fait que ‘ce n'est aucun temps’. En effet, de ‘ce n'est pas le jour’, il ne s'ensuit pas que ‘c'est la nuit’, sauf si on suppose un temps, étant donné qu'il s'ensuit du fait que ‘ce n'est aucun temps’, comme, du fait de ‘ne pas être voyant’, s'ensuit ‘être aveugle’ à la condition de supposer un animal qui est de nature à voir.
Chapitre 13 — Sur la tromperie d'une manière et absolument

#686. — On continue avec la tromperie d'une manière et absolument.
Absolument désigne ici ce que l'on dit sans ajouter aucune modalité, comme lorsque l'on dit: ‘Socrate est blanc’, ou ‘Socrate court’; d'une manière, par ailleurs, dit ce que l'on dit en ajoutant quelque chose, comme ‘Un tel court bien’, ou ‘Socrate est blanc des dents’.
Or ce que l'on ajoute entretient un double rapport avec ce à quoi on l'ajoute. En effet, parfois, il n'enlève rien à la notion de ce à quoi on l'ajoute, et alors on peut aller de ce qui est d'une manière à ce qui est absolument, comme lorsque l'on dit: ‘Un tel court rapidement; donc, il court.’ Car la rapidité n'enlève rien à la notion de la course. Et on a, dans l'argument précédent, le lieu de la partie modale.
Mais d'autres fois, ce que l'on ajoute enlève quelque chose à la notion de ce à quoi on l'ajoute, comme lorsqu'on dit: ‘L'Éthiopien est blanc des dents’. Car cette précision des dents enlève quelque chose à la notion de ce que l'on dit blanc: en effet, on ne peut dire blanc que ce qui est blanc en entier, ou de plusieurs et principales parties. C'est pourquoi, si l'on conclut: ‘L'Éthiopien est blanc des dents; donc, il est blanc’, on a le lieu sophistique, ou tromperie, d'une manière et ab-solument, et l'erreur provient de ce que l'on prend ce que l'on dit d'une manière comme si on le disait absolument.
La cause de l'apparence, dans cette tromperie, est le lien entre ce qui va d'une manière et ce qui va absolument, tandis que la cause de la non-existence est leur différence.
#687. — Il y a, par ailleurs, cinq modalités de cette tromperie.
La première modalité, c'est quand la précision ajoutée comporte une opposition avec ce à quoi on l'ajoute, comme dans l'argument qui suit: ‘César est un homme mort; donc, c'est un homme.’ Cela ne suit pas, car être un homme mort comporte une opposition avec [être un] homme, du fait que vivant appartient à la notion d'homme, puisque l'homme est un animal et que l'animal est une substance animée sensible; ainsi appert-il que la limite mort détruit la notion d'homme. Pareille-ment: ‘Un tel est un bon voleur; donc, il est bon.’ En effet, le bien, posé en lui-même, comporte une opposition avec le vol. Pareillement, comme suit: ‘Le menteur dit vrai, en disant qu'il dit faux; donc, il dit vrai.’ Cela ne suit pas; en effet, dire vrai s'oppose à dire faux, et inversement.
#688. — La seconde modalité provient de ce qu'une précision ajoutée appartient à l'acte de l'âme, car certains actes de l'âme peuvent toucher l'existence et la non-existence, comme suit: ‘La Chi-mère est un animal imaginaire; donc, la Chimère est un animal.’ Cela ne suit pas, car imaginaire, ajouté à l'animal, enlève à sa notion. Pareillement, comme suit: ‘César est dans la mémoire des hommes; donc, César est.’ Pareillement, comme suit: ‘Tu as le bonheur dans ta volonté; donc, tu as le bonheur.’
#689. — La troisième modalité, c'est quand la précision ajoutée signifie de l'être en puissance, comme suit: ‘L'oeuf est en puissance un animal; donc, c'est un animal.’ Cela ne suit pas, car être en puissance enlève à la notion de ce qui est d'être absolument.


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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:36

#690. — La quatrième modalité, c'est quand la précision ajoutée signifie une partie, comme suit: ‘L'Éthiopien est blanc des dents; donc, il est blanc.’ Cela ne suit pas, parce que d'être en partie enlève à la notion de ce qui est d'être absolument. On doit savoir, toutefois, que si un tout est de nature à être dénommé d'après sa partie, la tromperie ne se produit pas, comme il appert dans ce raisonnement: ‘Un tel est frisé des cheveux; donc, il est frisé.’ Cela suit bien, parce qu'on est dé-nommé frisé d'après ses cheveux. Cette modalité s'étend à d'autres parties, à savoir, de lieu, ou de temps, ou d'autres touts. Mais si on ajoute quelque chose à un tout de lieu moyennant une partie de lieu d'après laquelle le tout n'est pas de nature à être dénommé, la tromperie se produit, comme dans les raisonnements qui suivent: ‘Telle diète est bonne dans les lieux affectés; donc, elle est bonne.’ Cela ne suit pas, car de dire dans les lieux affectés signifie la partie de lieu. Il en va pareillement pour le tout et la partie de temps, comme suit: ‘Boire du vin est mauvais quand on est malade; donc, c'est mauvais.’ La même raison vaut de tous les cas semblables.
#691. — La cinquième modalité, c'est quand la précision ajoutée réduit le terme auquel on l'ajoute à ne tenir que matériellement, comme suit: ‘Le sage veut éviter le mal; donc, il veut le mal.’ Cela ne suit pas, car éviter le mal ne dit pas le mal absolument, mais d'une manière. Pareillement, com-me suit: ‘Le voleur veut obtenir le bien; donc, il veut le bien.’ La même raison vaut dans les autres cas semblables.
Ainsi donc, il appert de ce que l'on a dit que cette tromperie est issue de la raison de parfait et d'imparfait; en effet, la limite enlève dans la mesure où elle signifie un être imparfait.
Chapitre 14 — Sur la tromperie par l'ignorance de la réfutation

#692. — On continue avec la tromperie par l'ignorance de la réfutation.
Par ailleurs, la réfutation est le syllogisme d'une contradiction, et il est tantôt unique, tantôt double. Unique, bien sûr, quand il conclut la contradictoire d'une autre proposition concédée anté-rieurement, comme si l'on concédait que ‘quelque animal est incorruptible’, et que l'on procédait comme suit: ‘Tout composé de contraires est corruptible; tout animal est de la sorte; donc, tout animal est corruptible.’ Cette conclusion, en effet, est la contradictoire de la proposition concédée.
Mais ce sont deux syllogismes qui constituent la réfutation, quand c'est avec deux syllogismes que l'on conclut en contradiction, comme si, au syllogisme précédent, on oppose tel autre syllogis-me: ‘Nul bienheureux n'est corruptible; et quelque animal est bienheureux; donc, quelque animal n'est pas corruptible.
#693. — Comme, donc, il appartient à la notion de réfutation d'être et syllogisme et contradiction, tout ce qui va contre la définition du syllogisme et celle de la contradiction va contre la définition de la réfutation. C'est pourquoi, comme, en n'importe quelle tromperie, le défaut arrive à cause de ce que quelque chose est omis de la définition du syllogisme et de la contradiction, toute tromperie se réduit à l'ignorance de la réfutation comme à un principe général. Comme, par ailleurs, dans la définition de la réfutation, on pose la contradiction comme une différence qui le constitue spécifiquement, c'est spécialement l'omission de ce qui est requis à la contradiction qui constitue l'ignorance de la réfutation en tant que tromperie spéciale. Or comme il ne peut y avoir de tromperie si l'apparence manque, il faut, pour qu'il y ait une tromperie concernant la contradiction, qu'il y ait apparente contradiction et qu'en même temps quelque chose manque à la vérité de la contradiction. Or il ne peut y avoir apparente contradiction que si cela concerne une seule et même chose, car s'il n'y a pas là chose unique et identique, il ne semblera pas y avoir contradiction, comme si l'on dit: ‘L'homme court; l'âne ne court pas.’ On ne peut donc faire défaut à la vraie contradiction que si le défaut concerne tout de même une seule et même chose. Aussi, cela observé, c'est du défaut de ce qui est requis à la contradiction que se produit la tromperie.
#694. — Par ailleurs, la contradiction est l'opposition d'une seule et même non pas seulement chose, mais chose et nom en même temps, sous le même rapport, en rapport à la même chose, de manière semblable et au même temps; aussi, la tromperie par l'ignorance de la réfutation est une erreur provenant de ce que ne sont pas observés ces [conditions] nécessaires à la définition de la réfutation, et principalement du côté de la contradiction. Aussi dit-on ignorance de la réfutation parce qu'arrive l'erreur seulement du fait que la définition de la contradiction est ignorée. Par ailleurs, la cause de l'apparence, dans cette tromperie, est la ressemblance apparente de la con-tradiction qui fait défaut avec la contradiction parfaite, tandis que la cause de la non-existence est leur différence.
#695. — Il y a quatre modalités de cette tromperie.
Le premier pèche contre la particule en rapport à la même chose, comme suit: ‘Deux sont le double d'un, et ne sont pas le double de trois; donc, ils sont le double et non le double.’ Cela ne suit pas, puisque, sans que ce soit en rapport à la même chose, il n'y a pas de contradiction.
#696. — Le second pèche contre la particule sous le même rapport, comme suit: ‘Ceci est le double de cela en longueur, et n'est pas son double en largeur; donc, la même chose est le double et non le double.’ Cela ne suit pas, puisque l'on omet la particule sous le même rapport, qui est requise à la contradiction.
#697. — Le troisième pèche contre la particule de manière semblable, comme suit: ‘Le ciel se meut de manière circulaire, et ne se meut pas de haut en bas; donc il se meut et ne se meut pas.’ Cela ne suit pas, puisque l'omission de la particule de manière semblable détruit la contradiction.
#698. — Le quatrième va contre la particule au même temps, comme suit: ‘La maison est fermée la nuit et n'est pas fermée le jour; donc, elle est fermée et n'est pas fermée.’ Cela ne suit pas, puisque la différence de temps empêche la contradiction.
#699. — Enfin, on doit savoir que cette tromperie coïncide avec la tromperie d'une manière et ab-solument en cela que, en l'une et l'autre, on procède de ce qui est dit d'une manière à ce qui est dit absolument. Mais la différence est que, dans la tromperie d'une manière et absolument, la limite enlève à la notion de ce qu'il en est d'être absolument, ce qui n'arrive pas nécessairement dans cette tromperie-ci, où les limites ajoutées enlèvent plutôt à la notion de contradiction. En effet, cela suit bien: ‘Ceci est le double de cela en largeur; donc, il est son double.’ Mais il ne s'ensuit pas que cela soit une contradiction, si on renvoie à des choses différentes.
Il appert aussi, de ce qui a été dit, que cette tromperie survient en rapport avec la contradiction générale des êtres, qui est leur opposition, car elle est le principe de toute contradiction.
Chapitre 15 — Sur la tromperie de la demande du principe

#700. — On poursuit avec la tromperie de la demande du principe.
On appelle principe, ici, le propos principal. On demande donc le principe quand on demande que nous soit concédé le propos principal que l'on doit prouver. Certes, si on le demande sous le même nom, aucune tromperie n'est produite; au contraire, en le demandant, on paraîtra ridicule, comme si on veut prouver que ‘l'homme court’, et qu'on demande que cela même nous soit concédé. Mais si on demande ce que l'on veut prouver sous un autre vocable, il pourra y avoir tromperie; et alors proprement on demande ce qu'il y a déjà au principe, c'est-à-dire, ce qui contient en soi le propos principal.
Donc, la tromperie de la demande du principe est l'erreur qui provient de ce que l'on assume la même chose en guise de preuve d'elle-même, mais sous un autre vocable. Donc, la cause de l'appa-rence, dans cette tromperie, est la différence apparente de la conclusion avec les prémisses, tandis que la cause de la non-existence est leur identité.
#701. — Il y a, par ailleurs, cinq modalités de cette tromperie.
La première modalité, c'est quand on demande le défini pour la preuve de la définition, ou in-versement, comme si l'on doit prouver que ‘l'homme court’, et qu'on demande que soit concédé que ‘l'animal rationnel mortel court’, puis, cela concédé, qu'on argue comme suit: ‘L'animal rationnel mortel court; donc, l'homme court.’ Ce n'est pas du tout une preuve, puisqu'on doute pareillement de la prémisse et de la conclusion.
#702. — La seconde modalité, c'est quand l'universel est demandé pour la preuve du particulier, comme si l'on doit prouver que ‘pour tous les contraires, c'est la même discipline’, et qu'on assume comme suit: ‘Pour tous les opposés, c'est la même discipline; donc, pour tous les contraires, c'est la même discipline.’ La prémisse n'est pas plus connue que la conclusion.
#703. — La troisième modalité, c'est quand on demande tous les particuliers pour la preuve de l'universel, comme si l'on doit prouver que ‘pour tous les opposés, c'est la même discipline’, et qu'on assume comme suit: ‘Pour tous les contraires, c'est la même discipline, pour tous les opposés selon le mode de la privation, c'est la même discipline, et ainsi des autres; donc, pour tous les opposés, c'est la même discipline.’ La conclusion est encore demandée dans les prémisses.
#704. — La quatrième modalité, c'est quand on demande séparément ce que l'on doit prouver en-semble, comme si l'on doit prouver que ‘la médecine est la science du sain et du malade’, et que l'on assume comme suit: ‘La médecine est la science du sain, et la médecine est la science du ma-lade; donc, la médecine est la science du sain et du malade.’ Ici aussi, on demande ce que l'on doit prouver.
#705. — La cinquième modalité, c'est quand on demande l'un des corrélatifs, pour la preuve de l'autre, comme si l'on doit prouver que ‘Socrate est le père de Platon’, et que l'on assume comme suit: ‘Platon est le fils de Socrate; donc, Socrate est le père de Platon.’ Ici aussi, on demande, sous d'autres mots, ce que l'on devrait prouver.
#706. — On doit savoir que cette tromperie ne pèche pas contre la vigueur d'inférence de l'argu-mentation, parce que la conclusion suit bien, une fois concédées les prémisses, étant donné que l'on garde la relation due de l'inférant à l'inféré; mais il pèche contre l'[aspect] preuve de l'argument, car la preuve doit être plus manifeste, ce qui n'est pas observé ici. Aussi, ici, l'erreur n'arrive pas de ce que la conclusion n'est pas inférée des prémisses, étant donné que les inférences précédentes procèdent d'après des lieux dialectiques, mais l'erreur arrive de ce que l'on demande de concéder la même chose comme si elle était différente. Aussi, si, dans les manières d'argumenter qui précèdent, on prend les prémisses pour ce qu'elles sont plus connues, et non comme déjà demandées [dans le problème], il n'y aura pas argument sophistique, mais dialectique. Il appert, par ailleurs, de ce que l'on a dit, que cette tromperie survient en rapport avec «le même et l'autre», pour autant qu'on ne discerne pas entre eux.
Chapitre 16 — Sur la tromperie du conséquent

#707. — On poursuit avec la tromperie du conséquent.
Le conséquent, par ailleurs, comme on le prend ici, est ce qui suit d'un antécédent dans une proposition conditionnelle, comme lorsqu'on dit: ‘Si Socrate est homme, il est animal.’ Que Socra-te soit animal est le conséquent, et que Socrate soit homme est l'antécédent. Donc, la tromperie du conséquent est l'erreur qui provient de ce que le conséquent est pris tout à fait pour la même chose que l'antécédent. De cela, en effet, on peut croire que, si le conséquent suit de l'antécédent, de mê-me inversement l'antécédent suit du conséquent. Aussi appert-il que cette tromperie du conséquent consiste en deux conséquences, dont l'une est vraie, et l'autre fausse, comme si l'on dit: ‘Si on court, on se meut; or Socrate se meut; donc, Socrate court.’ Car la conséquence: ‘Si Socrate court, il se meut’, qui est posée en premier, est vraie; mais celle à laquelle on procède est fausse: ‘S'il se meut, donc, il court.’
#708. — Par ailleurs, où il n'y a qu'une conséquence, il n'y a pas de tromperie du conséquent. Aussi, si l'on dit: ‘Socrate est animal; donc, Socrate est homme’ il n'y a pas de tromperie du consé-quent quant à la manière d'argumenter, mais plutôt tromperie de l'accident. En effet, comme la tromperie du conséquent provient de ce que le conséquent est pris tout à fait pour la même chose que son antécédent, alors qu'il ne l'est pas, de même la tromperie de l'accident provient de ce que l'attribut est pris tout à fait pour la même chose que son sujet. Aussi, cette tromperie est dénommée du fait de suivre, et l'autre du fait d'être accident, c'est-à-dire, d'inhérer.
#709. — De là vient que, quand, dans l'argumentation, on procède simplement d'une attributive, où on signifie qu'une chose inhère, on a la tromperie de l'accident; quand c'est d'une conditionnelle, on a la tromperie du conséquent. C'est pourquoi le Philosophe dit (Réf. soph., 5, 166b30, 167b11) que «la tromperie de l'accident tient à une chose, et la tromperie du conséquent à plusieurs», à savoir, conséquences; de là il appert aussi que, dans les conséquences, le conséquent est d'une certaine manière une partie de l'accident: car tout ce qui suit, est d'une certaine manière accident; mais tout ce qui est accident ne suit pas. En effet, cela ne suit pas: ‘S'il est homme, il est blanc’, bien que cela soit vrai, que ‘l'homme est blanc’. C'est pourquoi, partout où il y a tromperie du conséquent, si l'on ordonne autrement les termes, on peut produire la tromperie de l'accident, mais cela ne se convertit pas.
La cause de l'apparence, dans cette tromperie, c'est le lien du conséquent avec l'antécédent, tan-dis que la cause de la non-existence, c'est leur différence.
#710. — Il y a, par ailleurs, deux modalités de cette tromperie.
La première modalité procède de la consécution plus commune à la moins commune, que le plus commun soit genre ou accident, comme il appert dans ces paralogismes: ‘Si quelque chose est âne, il est animal; or tu es animal; donc, tu es âne.’ Cela ne suit pas, car la conséquence posée en premier ne se convertit pas. Pareillement, comme suit: ‘Si quelque chose est du miel, il est roussâ-tre; or le fiel est roussâtre; donc, le fiel est du miel.’ Pareillement, comme suit: ‘Si quelqu'un est un voleur, il erre la nuit; or tu erres la nuit; donc, tu es un voleur.’ En tout ceci, en effet, on pense que se convertit une conséquence qui ne se convertit pas, et de là on a tromperie de la conséquence.
Mais si on prend des propositions attributives avec les mêmes termes, on a une tromperie de l'accident, comme ‘L'âne est un animal; tu es un animal; donc, tu es un âne.’ Et comme suit: ‘Le miel est roussâtre; et le fiel est roussâtre; donc, c'est du miel que le fiel.’


Dernière édition par le Mar 17 Juil - 14:46, édité 2 fois
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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:37

#711. — La seconde modalité, c'est quand l'on procède de la conséquence de l'opposé à la consé-quence semblable dans l'autre opposé, comme si l'on dit: ‘Si quelque chose est engendré, il a un principe; mais l'âme n'est pas engendrée; donc, l'âme n'a pas de principe, mais a toujours été.’ Cela ne suit pas: il y a, en effet, dans les opposés, une double conséquence, l'une en soi, l'autre dans le contraire. En soi, bien sûr, il y a conséquence, quand, de même qu'à l'antécédent suit le conséquent, de même à l'opposé du conséquent suit l'opposé de l'antécédent, comme ‘S'il est un homme, il est animal; donc, s'il n'est pas un animal; il n'est pas un homme.’ Dans les opposés selon l'affirmation et la négation, en effet, il n'y a pas conséquence en soi, mais dans le contraire. C'est pourquoi, quand, dans les opposés de la sorte, on procède comme si la conséquence était en soi, il y a tromperie du conséquent, comme il appert dans l'exemple.
Dans ces termes, encore, il y a tromperie de l'accident, si l'on prend des propositions attribu-tives, comme si l'on dit comme suit: ‘Tout engendré a un principe; or l'âme n'est pas engendrée; donc, elle n'a pas de principe.’
#712. — On doit savoir que, de même que la première modalité pèche contre la conséquence en procédant de la position du conséquent à la position de l'antécédent, de même la seconde pèche en procédant de la destruction de l'antécédent à la destruction du conséquent. Or il faut procéder de la manière contraire, à savoir, de la destruction du conséquent à la position de l'antécédent. Il appert, en effet, que cette tromperie survient en rapport avec la définition de l'antérieur et du postérieur. À noter qu'un conséquent est en plus pour son antécédent et un autre en moins: le conséquent en plus est dans les termes universels, comme lorsque je dis: ‘L'homme est; donc, l'animal est’; le conséquent en moins est comme le tout de quantité, et sa partie, comme lorsqu'on dit: ‘Pour tous les opposés, c'est la même discipline; donc, [il en va de même] pour tous les contraires.’
Chapitre 17 — Sur la tromperie par la non-cause prise comme cause

#713. — On poursuit avec la tromperie par la non-cause prise comme cause.
On appelle cependant cause, ici, ce qui est cause de l'inférence, sous rapport de quoi les pré-misses sont dites la cause de la conclusion. Il y a donc tromperie par la non-cause prise comme cause quand, parmi les prémisses dont suit la conclusion, on met une proposition qui ne fait rien à la conclusion et, ainsi, n'en est pas cause. Toutefois, pour que se produise la tromperie, il faut qu'elle semble en être cause; cela, bien sûr, se produit par le fait qu' en ses termes, elle a un lien avec d'autres propositions qui sont causes de la conclusion. Du fait, par ailleurs, que la proposition qui n'est pas cause est prise comme cause, il ne provient une tromperie que lorsque l'on retourne de la conclusion aux prémisses et que l'on détruit l'une des prémisses. Or cela se fait dans les syllogismes à l'impossible, dans lesquels, du fait que la conclusion est impossible, on montre que l'une des prémisses était impossible. C'est pourquoi cette tromperie ne peut se produire que dans des syllogismes de la sorte. En effet, dans les syllogismes démonstratifs, en lesquels autre chose est montré directement, le répondeur ne peut être conduit à aucun inconvénient, si, parmi les prémisses, une proposition qui n'est pas cause de la conclusion est prise comme si elle en était cause.
La cause de l'apparence, dans cette tromperie, est donc le lien de la proposition qui n'est pas cause avec celles qui sont causes, tandis que la cause de la non-existence est le défaut de la relation due entre la proposition inférante et la proposition inférée.
#714. — Par ailleurs, c'est, d'après cette tromperie, de la manière suivante que se forme le paralo-gisme: ‘Ne penses-tu pas que l'âme et la vie sont la même chose?’ Ceci accordé, on procède comme suit: ‘L'âme et la vie sont la même chose; et la mort et la vie sont des contraires; et la génération et la corruption sont des contraires; or la mort est corruption; donc, la vie est généra-tion; donc, vivre, c'est être engendré’, ce qui est impossible: en effet, qui vit n'est pas engendré, mais a déjà été engendré. Donc, la première chose aussi était impossible, à savoir, que l'âme et la vie sont la même chose. Cela ne suit pas, parce que cette proposition: ‘L'âme et la vie sont la même chose’, qui était prise dans les prémisses, n'était pas la cause de la conclusion impossible, ce qui appert de ce que, elle enlevée, la conclusion suit encore. Aussi, du fait que la conclusion est impossible, on ne peut montrer que la proposition concernée soit impossible, mais plutôt qu'est impossible celle dont elle suit, qui est celle-là: ‘La mort et la vie sont des contraires.’ C'est de la fausseté de celle-là, en effet, que suit la fausseté dans la conclusion, car la mort et la vie ne sont pas des contraires, mais s'opposent comme la privation et l'habitus. Il appert donc que cette trom-perie pèche contre la notion de cause et de causé.
Chapitre 18 — Sur la tromperie par l'interrogation multiple prise comme unique

#715. — On poursuit avec la tromperie par l'interrogation multiple prise comme unique.
C'est la même chose, en substance, que l'énonciation, la proposition, l'interrogation et la conclu-sion: mais on l'appelle énonciation pour autant qu'elle signifie de manière absolue que quelque chose est ou n'est pas; interrogation pour autant qu'elle est proposée sous un doute; proposition pour autant qu'on l'assume pour la preuve d'une autre; conclusion, enfin, pour autant qu'on la prouve à partir d'autres. C'est pourquoi, de la façon dont une énonciation est unique ou multiple, de même le sont l'interrogation, la proposition et la conclusion.
#716. — Par ailleurs, l'énonciation est unique, dans laquelle on dit une seule chose d'une seule au-tre, comme ‘L'homme est animal’, ou ‘est blanc’. L'énonciation, au contraire, est multiple, quand on dit plusieurs chose] d'une autre, comme ‘Socrate est blanc et musicien’, ou une chose de plusieurs autres, comme ‘Socrate et Platon sont blancs’, ou plusieurs choses de plusieurs autres, comme ‘Socrate et Platon sont blancs et musiciens’.
On doit savoir, par ailleurs, que, lorsque plusieurs choses sont attribuées à une seule autre, dont, cependant, se constitue une seule chose en soi, l'énonciation est unique, comme lorsqu'on dit: ‘L'homme est un animal rationnel mortel.’ Car des parties de la définition se constitue une seule chose en soi, qui est de la nature de l'espèce. Mais si plusieurs choses sont attribuées, dont se constitue une unique autre par accident, alors, l'énonciation est multiple, comme lorsqu'on dit: ‘Socrate est un homme blanc.’ De l'homme et du blanc, en effet, se constitue une chose unique par accident.
Donc, cette tromperie provient de ce qu'à une interrogation qui est multiple, on donne une ré-ponse unique, en raison de ce qu'elle est proposée sous une façon unique d'interroger, comme si l'on dit: ‘Ne penses-tu pas que Socrate et Platon courent?’ Car du fait que l'on interroge en même temps sur deux choses, il semble qu'il n'y ait qu'une interrogation, alors qu'il y en a plusieurs.
La cause de l'apparence, dans cette tromperie, est l'unité du côté de la façon d'interroger, tandis que la cause de la non-existence est la multiplicité de l'interrogation.
#717. — Il y a, par ailleurs, deux modalités de cette tromperie.
La première modalité, c'est quand l'interrogation est multiple du fait qu'une seule chose est attribuée au singulier à plusieurs autres, et inversement, comme suit: ‘Ne penses-tu pas que l'homme et l'âne sont animal rationnel mortel?’ Si je dis que oui, on procède comme suit: ‘L'hom-me et l'âne sont animal rationnel mortel; donc, l'âne est animal rationnel mortel, etc.’ Si l'on dit que non, on procède comme suit: ‘L'homme et l'âne ne sont pas animal rationnel mortel; donc,
L'homme n'est pas un animal rationnel.’ L'erreur, en effet, survient parce qu'à l'interrogation concernée, comme elle est multiple, il ne faut pas donner une réponse unique, en disant de manière absolue que oui, ou que non, mais deux [réponses], en parlant comme suit: ‘L'homme est animal rationnel, et l'âne est animal irrationnel’, ou ‘n'est pas animal rationnel’.
Pareillement, comme suit: ‘Ne penses-tu pas que tu es un homme et un âne?’ Si l'on dit que non: ‘Donc, tu n'es pas un homme’; si l'on dit que oui, on conclut: ‘Tu es un âne.’
Pareillement, comme suit: ‘Ne penses-tu pas que l'Éthiopien est un homme blanc?’ Si l'on dit que oui, on conclut: ‘Donc, il est blanc’; si l'on dit que non, on conclut: ‘Donc, il n'est pas un hom-me.’
#718. — La seconde modalité, c'est quand l'interrogation est multiple du fait que plusieurs choses tiennent lieu de sujet ou d'attribut, au pluriel, comme suit: ‘Ne penses-tu pas que le miel et le fiel sont doux?’ Si l'on dit que non, on conclut: ‘Donc, le miel n'est pas doux’; si l'on dit que oui, on conclut: ‘Donc, le fiel est doux.’ En tout cela, en effet, il ne se trouve pas une réponse unique, mais plusieurs, comme ‘oui, le miel est doux’, et ‘non, le fiel n'est pas doux’. Il appert, donc, que cette tromperie survient en rapport avec l'un et le multiple. Que ce qu'on a dit suffise sur les tromperies.
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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:48

je ne lance pas encore la réflexion, sur cet article, car je suis en train de le lire et j'ai un peu de mal. lacroix
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 14:56

Quel rapport avec "la Bible au peigne fin" ?
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 18:32

à mon avis .....

flreurrose

ange1


affraid
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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 19:36

c'est dans le cadre de la bibliographie de nos membre, j'ai pensé que c'était un bon endroit pour partager nos lectures
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J-P Mouvaux
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 20:58

Personnellement, j'aime mieux lire et commenter la littérature biblique ("Ancien et Nouveau Testaments") que celle de "St" Thomas d'Aquin.

Mais, chacun ses goûts, hein !

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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 21:34

je trouve cette étude du "bien raisonner" très interressante, bien que difficile à lire pour moi
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 22:56

j'espère que vous voulez pas que je dise ce que je pense de Th.......

Non

coucouche panier

Sleep
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florence_yvonne
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 22:59

je vais ce que je peux avec mes maigres moyens intellectuels
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J-P Mouvaux
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   Mar 17 Juil - 23:50

florence_yvonne a écrit:
je vais ce que je peux avec mes maigres moyens intellectuels

Moi, avec mes maigres moyens intellectuels, je ne m'attaque pas à Saint Thomas.

Non, piotr, pas la peine de dire ce que tu en penses.

Il parait qu'à la fin de sa vie, il voulait brûler tout ce qu'il avait écrit. On l'a échappé belle !
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MessageSujet: Re: Sur les tromperies,à quelques nobles artistes   

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